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Août


Mercredi 1er août 2001

         Ai croisé cet après-midi, en sortant de chez le coiffeur, Myriam, qui attendait Laurence à la terrasse d’un café. J’ai vu à son visage qu’elle était un peu honteuse de son scandale du dernier jour des fêtes. Je me suis assis à sa table, et nous avons parlé comme si de rien n’était. Laurence a fini par arriver, et nous avons assez rapidement quitté l’endroit : il faisait bien trop chaud pour s’attarder davantage. On ne peut rien faire ces jours-ci tant la chaleur est grande. La température de la piscine n’a jamais été si élevée : on approche des trente degrés.

         Mes deux amies semblent réconciliées. C’était une dispute entre elles deux qui avait mis Myriam de si méchante humeur, la conduisant à se comporter avec moi comme elle l’a fait, très violemment. D’où que Laurence se sentait quelque peu responsable de notre altercation.

Vendredi 10 août 2001

         Sommes allés hier, Julie et moi, chercher Laura, notre petite sœur, à l’aéroport de Bordeaux. Elle a décidé d’arriver un peu plus tôt que notre père et loge chez Julie. Nous n’attendions pas notre père avant vendredi prochain, mais il semblerait qu’il arrive plus tôt que prévu : demain matin, pour repartir aussitôt, passer quelques jours en amoureux avec Stéphanie je ne sais trop où. Ensuite il repassera ici, puis repartira de nouveau, avec Laura, pour Hossegor, chez Hieronymus.

         Ai passé cette journée à paresser au bord de l’eau avec Laura.

Lundi 13 août 2001

         Il faut absolument que je me remette au travail. Il faut que mon roman avance. A ce rythme-là, ça me prendra toute une vie de l’écrire… Et si l’écrire me prend toute la vie, je me fermerai sûrement les portes de l’amour. Mais il y aura bien de l’amour dans ce livre, j’irais même jusqu’à dire qu’il y en aura d’autant plus que ma vie en sera vide. Il y aura de douces pages aussi, à côté des pages amères et désespérées. Je sais bien que la douceur de vivre me serait âpre si je me laissais aller à ne pas écrire mon roman. Quoique que ma nature m’y pousse, je ne me sens pas destiné à d’âpres douceurs.

Dimanche 19 août 2001

Je suis allé, la nuit dernière, avec Laurence et Myriam, à Arengosse, où était organisée une nuit de l’écriture. Ce n’était pas inintéressant. Il y avait du monde, et les gens étaient inspirés, quoique pas toujours des meilleures idées. Mais cela, malgré tout, m’a surpris. On écrivait, puis des comédiens lisaient les meilleurs textes, accompagnés d’une petite formation de jazz. Une chose, pourtant, m’a gêné : il ne semblait y avoir que des textes humoristiques, ou du moins le ton de chaque auteur en herbe était systématiquement comme détaché, et plein d’une espèce d’ironie somme toute très convenue. Je suis à peu près sûr que cela  est la conséquence d’une sorte de censure des acteurs-lecteurs, car j’ai pu observer que certaines personnes, isolées à leurs tables, s’essayaient à des choses plus sérieuses. Cette espèce de censure m’a profondément dérangé. C’est encore cette idée, tellement répandue, que la culture et la réflexion, pour être accessibles à tous, doivent être simples, et si possible, ne pas être sérieuses. Comme si le sérieux, le grave et le réfléchi avaient quelque chose de honteux aux yeux de nos contemporains. Aujourd’hui, il est généralement admis que la culture doit descendre au niveau des quelconques et du commun. Mais la plupart en déduisent qu’elle doit être quelconque et commune, quand ce devrait être pourtant le contraire. C’est au public de s’élever au niveau de la culture : s’élevant jusque là, son âme aussi s’élèvera.

         J’ai constaté cette autre chose : que chacun est capable d’écrire, puisque beaucoup hier soir écrivaient des textes assez dignes d’intérêt. Si bien que je me demande si être écrivain, ce n’est pas surtout être capable de l’être longtemps, c’est-à-dire être capable de travaux de longue haleine.

         Il faudrait que je parle de cet épisode de la nuit de l’écriture dans mon roman.



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