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Journal - Jardin


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Samedi 1er décembre 2001

         C’était l’anniversaire de ma mère aujourd’hui : cinquante ans. Nous avons dîné chez Julie, qui avait préparé un bon repas. Le cadeau : un lecteur de DVD, qui lui a beaucoup plu.

Je n’ai pas écrit depuis un bon petit moment maintenant. Je ne comprends pas pourquoi, et cela m’inquiète. Je me sens comme éteint, ces temps-ci.

         Je ne sais plus si j’ai déjà parlé dans ce journal d’Armando R***. C’est un garçon de vingt-et-un ans que j’ai rencontré par Internet. Son père est Italien, sa mère Mexicaine. Il parle l’espagnol, l’italien et le français, que ça mère lui a enseigné. Nous correspondons depuis un certain temps déjà, et je commence à ressentir beaucoup d’amitié pour lui. A la lettre que je lui ai écrite hier et que j’enverrai demain, j’ai ajouté un CD gravé par moi-même. Sur ce CD : des chansons et des chanteurs que j’aime. Pourquoi ce CD ? J’en donne l’explication dans la lettre, que je recopie ici :

 

         Comme promis, je t’écris à nouveau. Je t’avais dit que je t’enverrais une petite surprise avec ma lettre et, tu as dû le remarquer, il y a un CD avec elle : c’est moi qui l’ai fabriqué, pour toi. J’espère qu’il te fera plaisir.

         Margueritte Yourcenar, un auteur français que j’aime, a dit à peu près ceci : que l’on pouvait se représenter assez fidèlement un homme en regardant les livres qui composent sa bibliothèque. Je suis bien d’accord avec elle, mais je crois que pour entendre jusqu’à l’écho profond de son âme, il faut alors écouter la musique qu’il aime le plus. C’est ce que j’ai tenté de t’offrir avec ce CD : une image un peu floue de mon âme à travers un peu de la musique que j’aime le plus.

         Evidemment, j’ai dû faire des choix, car je ne pouvais pas mettre tout ce que j’aime sur un seul CD. Premier choix : pas de musique classique ; peut-être une autre fois… Ensuite, je ne sais pas trop ce qui m’a guidé, ce qui m’a orienté. Disons que j’ai simplement vagabondé en esprit, et que ce petit CD est un reflet de mon état d’âme, un certain soir d’hiver. Si j’avais fabriqué ce CD un autre jour, il aurait sans doute été différent.

La première chanson a pour titre Sometime Later. Elle est d’un groupe qui s’appelle Alpha. Peut-être que tu le connais, ce n’est pas un groupe français, mais américain ou anglais, je t’avoue que je ne sais pas. Je ne crois pas que ce groupe ait fait d’autre album que celui dont est tirée cette chanson. J’aime passionnément la voix du garçon qui chante. La première fois que je l’ai entendue, je me suis dit que c’était la plus belle voix du monde, et que je voulais aimer un garçon qui eût la même ; mais bien sûr, ce n’était qu’un phantasme.

         La deuxième chanson est d’un artiste qui a beaucoup de succès en France. Il s’appelle Yann Tiersen. A vrai dire, la plupart de ses « chansons » sont sans paroles, et quand il y en a, ce n’est généralement pas lui qui chante : ici, celui qui chante, c’est Dominique A, un ami du compositeur. Titre de la chanson : Les Bras de Mer.

         La troisième chanson est de Dominique A. C’est lui qui l’a composée. Titre : Le Courage des Oiseaux. Je l’ai choisie à cause de ce titre : je trouve très beau de parler du courage des oiseaux, personne n’y pense jamais.

         Avec la quatrième chanson, on commence à remonter un peu dans le temps. Barbara, la chanteuse, est morte il y a quelques années, elle n’est pas de notre génération. Martin, la chanson qu’elle chante, n’est pas d’elle mais de Georges Brassens, (mort lui aussi,) qui est considéré chez nous comme le plus grand des « chanteurs-poètes ».

         Justement, la cinquième chanson est chantée par Brassens. Titre : Supplique pour être enterré à la plage de Sète. Je trouve que c’est une de ses chansons les plus admirables, ma préférée, et sans doute un vrai petit chef-d’œuvre, tu me diras ce que tu en penses.

         Léo Ferré, (encore un mort,) un autre de nos « chanteurs-poètes », chante la sixième chanson, dont le titre est La mémoire et la mer. Il y a dans cette chanson des images d’une audace peu fréquente, du moins dans des textes de chansons.

         Septième et huitième chansons sont de Serge Gainsbourg, (mort aussi.) Il a très souvent renouvelé son inspiration, et les différences entre ses premières chansons et les dernières sont considérables. Ici, je t’ai mis deux chansons de lui, qui ont été composées à peu près à la même époque : l’une est gaie, c’est Elisa, l’autre est franchement triste : Je suis venu te dire que je m’en vais.

         Neuvième chanson : Il pleut, de Brigitte fontaine, une chanteuse plus toute jeune et pourtant pleine d’une énergie que n’ont pas bien des jeunes gens. La douzième chanson, C’est normal, qu’elle chante avec Areski, laisse entrevoir toute la portée de cette énergie qui l’anime.

         La dixième chanson est encore de Yann Tiersen, et cette fois-ci, c’est une fille, Claire Pichet, qui chante. Titre : Naomie. Le texte vient d’un poème, (Hawl,) de l’Américain Allen Ginsberg, que tu connais sûrement, parce que c’est pour ainsi dire le poète beatnik par excellence. J’aime ce poète, (quoique j’aie parfois du mal à le comprendre,) c’est pour cela que j’ai choisi aussi cette chanson.

         La onzième chanson, c’est encore Il pleut de Brigitte Fontaine, parce que j’ai fait une mauvaise manipulation. Tu m’en excuseras, n’est-ce pas ?

         La douzième chanson, je l’ai déjà dit, c’est : C’est normal, encore de Brigitte Fontaine.

         La treizième chanson est d’un groupe (Goldfrapp) que j’ai découvert grâce à ma sœur. J’aime beaucoup la voix, l’ambiance… Titre de la chanson : Deer Stop.

         La quatorzième chanson, c’est la première, parce que, encore une fois, j’ai fait une mauvaise manipulation.

         Enfin la dernière chanson ressemble beaucoup à la première justement. Mais c’est normal, parce qu’elle est du même groupe, Alpha. Cette fois-ci, c’est une fille qui chante, sur un thème très proche de celui du garçon. Titre : Some Where Not Here. Je trouvais que c’était bien de terminer par où j’avais commencé. Ecoute, au tout début de la chanson, la voix à peine perceptible du piano : une pure merveille !

         Et voilà, je suis arrivé à la fin du disque. J’espère qu’il te plaira, même s’il manque un peu d’unité. Tu me croiras si tu veux, mais en ne parlant que de ces chansons, eh bien je crois que j’ai parlé beaucoup de moi, même si je semblais n’en rien dire. Et donc, étant arrivé à la fin du disque, je crois pouvoir dire que j’en suis également arrivé à la fin de ma lettre. J’espère que tu la recevras bientôt, et en attendant de tes nouvelles, je t’embrasse bien tendrement. Ton ami,

Olivier.

 


Mardi 4 décembre 2001

         Encore des ennuis avec la voiture. Cette fois-ci, je crois que c’est le radiateur. On verra ça demain au garage.

 

*

 

         Ma mère me tue. Je la supporte de moins en moins. Elle me gâche systématiquement la vie. Je la hais bien plus que je l’aime. J’ai parfois de violentes envies de la massacrer, de l’étriper, de la faire couiner comme une truie qu’on égorge. Et puis, j’ai au fond de moi, depuis si longtemps, un tel désir de vengeance ! Rien, je crois ne pourrait satisfaire ce désir, pas même sa mort. C’est terrible : il m’est impossible de me venger.


Mercredi 5 décembre 2001

         Je rentre à l’instant du Dix Bis où j’ai passé un petit moment agréable en compagnie de Laurence. Il y avait peu de monde ce soir : seulement des habitués, des connaissances, dont Eloïse U***, qui nous a offert un coup à boire, Guy le cinéphile, dont je ne crois pas avoir déjà parlé dans ce journal, et qui nous a offert un coup aussi. Il y a eu également la tournée du patron. Je crois qu’il devient impossible de passer un moment dans ce bar sans être contraint d’y boire plus d’alcool qu’on n’en voudrait : il n’est pas très bien vu de se faire offrir des boissons non alcoolisées, me semble-t-il.

         Le problème de la voiture a été identifié par le garagiste, ce qui est déjà une sorte d’exploit de sa part, et par conséquent un espoir considérable : peut-être, bientôt, la réparation ! Je dois appeler demain le garage à nouveau, pour savoir s’ils ont reçu la pièce qu’il faut changer,  à savoir le ventilateur qui ne tourne pas, ce que d’ailleurs j’avais identifié depuis longtemps comme une cause possible et même probable des ennuis de mon moteur, mais on ne m’écoute jamais. C’est tout de même curieux, je n’ai rien d’un bricoleur, je ne connais rien à la mécanique, et par la seule observation, j’arrive presque à déduire avec un peu d’intuition la cause d’un problème que des spécialistes mettent longtemps à identifier, et comme avec mauvaise grâce ! Vraiment ces garagistes méritent bien leur réputation d’escrocs et de fumistes. Je n’ai aucune confiance en eux et suis persuadé qu’ils me prennent pour un pigeon…

Vendredi 21 décembre 2001

Nous sommes au solstice d’hiver. A partir de demain, les journées vont enfin rallonger. Pour moi, qui aime si peu la saison froide et les jours courts, cet événement a bien plus d’importance que le Jour de l’An. J’ai le sentiment d’être désormais comme sur la pente ascendante d’un nouveau départ.


Samedi 22 décembre 2001

         Journée fatigante : ménage cet après-midi au 10 bis, et il y avait beaucoup à faire. Ensuite soirée très ennuyeuse avec Laurence et Myriam, toujours au 10 bis. Nous avons de moins en moins de choses à nous dire. Est-ce que cela durera ?

         En ce moment, je travaille à bien mettre en page ce journal. Je découvre beaucoup de choses dont je ne savais pas un traitement de texte capable.


Lundi 24 décembre 2001

         Aujourd’hui veille de Noël. Le réveillon a été triste : nous n’étions que deux : ma mère et moi. Devons déjeuner demain chez la mère de Hieronymus. Entre autres cadeaux : une webcam. J’avais pourtant dit que je voulais la choisir moi-même ; mais ma mère, qui ne retient jamais rien de ce que je lui dis, a voulu malgré tout m’en faire la surprise. N’ayant pu choisir, je ne sais donc pas ce que vaut cette caméra-là ; ce qui est certain, c’est que je suis contrarié.

Mardi 25 décembre 2001

         Noël épouvantable. Nous avons déjeuné chez la mère de Hieronymus aujourd’hui : cela a duré jusqu’à seize heures. J’ai horreur de ces repas de famille, surtout s’ils se font dans une famille qui n’est pas la mienne. Et quelle insupportable famille que celle de Hieronymus ! Il faudrait que j’en parle un jour dans ce journal ; mais pas ce soir : ils m’ont trop exaspéré, je préfère ne plus y penser.

Mercredi 26 décembre 2001

         J’ai réussi à installer la petite caméra ; non sans difficulté ! Mais pas de son ; et je ne parviens pas à savoir si c’est moi qui ai fait une mauvaise manipulation, ou s’il faut que je me procure d’autres programmes pour l’enregistrement des sons.


Jeudi 27 décembre 2001

         Il est question de réveillonner ensemble Laurence, Myriam, Matthieu et moi au Dix bis. Il y aurait aussi Audrey et Guillaume M***. Mais mon père doit peut-être venir ici à cette même occasion. On verra bien.


Samedi 29 décembre 2001

         Ai fait le ménage au Dix bis, cet après-midi. Dois y retourner lundi à onze heures le matin pour aider aux préparatifs du réveillon. C’est d’ailleurs au même endroit que je réveillonnerai, avec Laurence, Myriam, et beaucoup d’autres encore.


 


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