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Octobre


Lundi 1er octobre 2001

         Le numéro 559 de La Nouvelle Revue Française est arrivé aujourd’hui. Je l’ai à peine feuilleté. J’en ai simplement lu le sommaire. Louis Chevailier, un jeune poète de vingt ans y publie encore quelques poèmes. Ce n’est pas la première fois, et je me souviens que j’avais aimé quelques un des vers de lui qui étaient parus dans le numéro 556, (janvier 2001.) Par exemple :

 

Mon âge s’est terni

Et mon membre amoindri

Pend

Mort !

 

A vrai dire, ce sont là les seuls vers de lui que j’avais apprécié. Mais il me faut reconnaître que je suis paresseux et que je ne sais pas lire. Aussi en a-t-il peut-être écrit d’autres qui sont dignes d’intérêt. 

         Mais ce n’est pas de cela que je voulais parler. Quelques pages plus loin, dans le numéro 559, un autre poète : Ivan Hérisson, dix-sept ans, c’est sa première publication. Je cite les trois premiers vers d’un poème intitulé Exodes :

 

C’est un départ. L’arbre voyageur.

On a le funèbre des villes

Où s’éternisent les traces

 

Eh ! Bien, je ne sais pas pourquoi, mais je trouve que les vers de Chevailier et de Hérisson se ressemblent. Je dis sans doute des sottises, mais c’est le sentiment que j’ai. Les paresseux, aujourd’hui, ne peuvent plus jouir de la poésie. Quoi qu’il en soit, rien n’est plus semblable à de l’informe que de l’informe. 

         Je me dis que je pourrais envoyer de mes poèmes à cette revue.

Jeudi 4 octobre 2001

         J’avance plus difficilement ces temps-ci dans mon nouveau roman. Tout de même, j’ai un peu progressé dans mon chapitre des Têtes blondes. Le dialogue inaugural prend forme peu à peu. De plus en plus, je m’aventure dans une écriture que je ne savais pas mienne : rugueuse et vulgaire. Je me rends compte que ce roman sera sans doute divers. Ce sera une curieuse chose.

Vendredi 5 octobre 2001

         Je dois me rendre à Bordeaux demain. Hieronymus et Julie rentrent des Canaries. Il ne faut pas que je me couche trop tard. C’est moi qui dois aller les chercher à l’aéroport. L’idée de faire seul le trajet en voiture m’inquiète un peu. Je n’aime pas conduire en dehors de Mont-de-Marsan. Pourtant, je devrai remettre ça dès mardi prochain. Nous partons en effet pour Troyes rendre visite à la famille, et il nous faudra conduire à tour de rôle tous les trois. Nous serons de retour le mardi suivant. J’avais l’intention d’y faire quelques achats, mais je ne sais pas si ce sera possible : je manque d’argent ces temps-ci.


Samedi 6 octobre 2001

         Julie et Hieronymus sont rentrés. Le trajet s’est bien passé. C’est Hieronymus qui a conduit sur le chemin du retour. Apparemment, il aurait décidé qu’il serait seul à conduire mardi prochain, sur la route de Troyes.

*

 

         Je suis ennuyé avec mon roman. Je crois que c’est parce que je veux aller trop vite. Pour l’instant, il faudrait que j’évite de regarder trop loin. Je n’en suis qu’aux études. Chaque chapitre doit être abordé comme s’il devait être une nouvelle. Il sera toujours temps de refondre l’ensemble des chapitres : plus tard. C’est la méthode que j’ai choisie pour ce roman-ci. Je ne sais pas si c’est la meilleure, mais tout cela est encore trop récent pour que je puisse en juger. Qu’au moins j’éprouve cette méthode. Après, je saurai si la méthode était bonne.

        

         J’ai envoyé par courriel un exemplaire de Les Doigts dans le nez (la première « étude-nouvelle ») à Augustin. Voici le commentaire qu’il m’a retourné après lecture :

 

Objet : Telerama’s redac en chef : impressions…

(le samedi 06 octobre 2001)

 

 

Petit Olive voilà que j’achève de lire les 11 pages d’insanités que j’ai finalement réussies à imprimer… Le style est particulier, agréable pourtant, peut-être aussi parce que pas mal de références ont comme quelque chose de familier pour moi… une impression de déjà vécu, entendu… en tout cas je t’y retrouve entier, avec tes jeux, tes fantasmes… impression bizarre… Un auteur efficace ne doit-il pas se départir  un peu plus de sa propre réalité ? de sa propre psychologie ? Mais définitivement tu me répondras que tu méprises l’efficacité… Ceci dit des propos un peu plus édulcorés sont sans doute à envisager pour cibler un public qui ne se réduirait pas à une communauté trop fermée… Tu riras sans doute de mes jugements à l’emporte pièce sur un scribouillard de province… mais nous en avons l’habitude, n’est-ce pas ? Je suis très impressionné par le fait d’avoir vu de toi un travail fini, le fait de me rendre compte qu’en fait tu écris réellement comme ces gens qu’on ne rencontre jamais… Bravo. Bisous, à bientôt. AUGUSTIN.

Lundi 8 octobre 2001

         Nous partons demain matin vers cinq heures. Pendant mon absence, je continuerai de remplir les pages de ce journal sur un petit cahier que je recopierai ici dès mon retour. Il me faut faire mes valises et emporter de quoi lire. Je pense profiter de ces petites vacances pour réviser un peu mes mathématiques. Je ne sais plus seulement faire les divisions, et cela, évidemment, a fini par être un problème. Je ne crois pas l’avoir encore dit, mais mercredi dernier, en donnant son cours à la petite Alexandra, je n’ai pas été capable de corriger ses exercices.


Dimanche 28 octobre 2001

         Inutile de préciser que je suis rentré de Troyes depuis longtemps. Je n’ai pas tenu de journal de mon séjour là-bas, comme je l’avais d’abord décidé. Puis j’ai totalement oublié ce journal-ci jusqu’aujourd’hui. Tout de même, une sorte d’excuse : j’ai pas mal travaillé aux Têtes blondes.

Le dialogue inaugural dont je parlais dans ce journal le jeudi 4 octobre n’a plus rien d’inaugural. Il se trouve désormais dans le corps du chapitre. A présent, Les Têtes blondes commencent par le monologue d’un personnage qui s’est un peu « épaissi » si j’ose dire, puisque je parle de Gras-du-bide, un obèse. Son obésité, je pense, bien que le garçon soit le membre à part entière d’un groupe assez soudé, le sépare de tous. De ce fait, il sera sans doute le témoin par excellence. Et peut-être aussi un manipulateur : à défaut de pouvoir véritablement agir dans son univers, il agit sur cet univers en manipulant ses camarades. Est-il nécessaire de préciser que ses manipulations auront des conséquences catastrophiques ? Gras-du-bide, en effet, est un personnage aigri, « une outre d’amertume, » comme je me rappelle avoir dit, et cette amertume, évidemment, guide sa vie.

         J’ai peut-être trouvé un nouvel élève à qui je donnerai des cours de français. La mère (Eloïse U***, une fidèle cliente du Dix Bis, où nous nous sommes rencontrés, tard le soir, au comptoir), n’a parlé pour l’instant que de venir demain. On verra bien si mon travail lui conviendra, et si je pourrai donc remettre ça par la suite.


Lundi 29 octobre 2001

         J’ai donné aujourd’hui son premier cours à l’élève dont je parlais hier. C’est un garçon de treize ou quatorze ans : il est en classe de troisième. Nous avons fait du français et du latin. On remettra ça chaque semaine. C’est donc une bonne nouvelle.

         Faire du latin me plaît assez. Avec ce garçon, tout est à enseigner de cette matière : son professeur, en effet, semble être parfaitement incompétent : on est déjà aux premières vacances de l’année scolaire, et malgré les trois heures de cours hebdomadaires consacrées au latin dans son collège, Jérôme, puisque tel est son nom, ne connaît de cette langue que la première déclinaison des noms, et la conjugaison du présent et du parfait de l’indicatif actif des verbes modèles, du verbe esse et de posse. (J’ai remarqué, sur les pages de gardes de ses cahiers, qu’il n’avait pas le même nom de famille que sa mère. Lui s’appelle R***. Je savais que ses parents étaient divorcés, (la mère me l’avait dit,) mais je me demande si le garçon a quelque lien de parenté avec le psychiatre du même nom. J’avais entendu dire que ce dernier avait eu des ennuis de famille, et que sa santé mentale avait été un certain temps chancelante – il aurait fait une dépression nerveuse. Peut-être ledit psychiatre a-t-il fini par divorcer ? Le pauvre, je ne le lui souhaite pas, c’était un brave homme malgré tout. Il faut bien être un peu brave pour être capable, comme lui, d’écouter si patiemment les discours égarés et sans doute ennuyeux que j’avais lorsque j’étais son patient.) J’aimais bien, lorsque j’étais à l’université, donner des cours de grec aux moins bons élèves. Je pense que je prendrai autant de plaisir avec le latin. Enfin, je l’espère. Il est vrai que je ne m’adresserai pas exactement au même auditoire. Le garçon a cet âge où le latin ressemble à du chinois, sauf peut-être pour les très bons élèves. Mais lui, bien entendu, n’est pas de ceux-là, puisqu’il a besoin de recevoir des leçons particulières. Je dois cependant lui reconnaître qu’il est un élève agréable, je veux dire par là qu’il n’est pas comme Alexandra, laquelle n’ouvre jamais la bouche qu’avec beaucoup de parcimonie. C’est une indifférente à presque tout doublée d’une incorrigible paresseuse. Jérôme, lui, daigne participer activement, et non servilement, à la leçon. Peut-être est-ce à cause de son âge, un peu plus avancé, et de son sexe également.

Mardi 30 octobre 2001

         Madame U*** a parlé de moi à quelqu’une de ses amies. Me voici donc avec deux nouvelles élèves, deux sœurs. Je commence demain, à quatorze heures, à la place du cours de la petite Alexandra, puisque celle-ci est absente pendant les vacances.

         Je n’ai pas encore fait la connaissance de ces deux nouvelles jeunes personnes. Je sais seulement que l’une est en sixième, l’autre en quatrième. La première ne recevra que des cours de français, la seconde de français et de latin.

         En très peu de temps, je me suis retrouvé avec quatre élèves. Je n’en suis pas mécontent.

         J’ai commencé à préparer mon cours de latin, pour le petit Jérôme. Il faudra que je fasse en sorte qu’il puisse aussi servir à la petite de demain.

Mercredi 31 octobre 2001

         Le cours aujourd’hui avec mes deux nouvelles élèves s’est passé comme il faut. Je me suis assez bien arrangé pour faire travailler l’une pendant que je donnais à l’autre sa leçon. La plus petite s’appelle Elise, sa sœur Amélie. A vrai dire, ce sont de bonnes élèves, et je ne crois pas quelles aient sérieusement besoin de cours particuliers. Ou plutôt, mes leçons seront sans doute un renforcement, une consolidation seulement de leurs connaissances apparemment bien acquises.




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