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Juillet

Depuis le mois d’avril 2004, il existe un doublet de ce journal, ayant la forme d’un blogue et pouvant donc recevoir des commentaires.

Pour afficher correctement certains mots grecs ci-dessous, il faut la police GREEK, que vous trouverez sur cette page .


Vendredi 2 juillet 2004.

        Je ne sais pas ce qui m’a pris : cette nuit, j’ai écrit une nouvelle. (Je la publie dans mon blogue de pédé, parce que ce n’est tout de même pas un chef-d’œuvre.)

        Je me sens absent. Désoeuvré. Incapable. Vide. J’en suis réduit à me goinfrer la nuit de pain perdu et des romans policiers de ma mère. Ça me remplit. Et le jour : je flotte.

        Je grossis, je bronze et je me fais du mauvais sang. La pensée d’avoir désormais cet appartement sur le dos m’écoeure un peu. Et l’idée de faire vivre Pélagie dans si peu d’espace me donne mauvaise conscience. Cela dit, il risque d’y en avoir plus que je ne pensais d’abord, étant donné que je n’aurai probablement pas les moyens d’acheter des meubles.

        Bientôt le premier anniversaire de ce site. Le 17 juillet, pour être précis. Pourquoi parlé-je de cela ? On voit bien que je n’ai rien à dire.

Lundi 5 juillet 2004

        Je fais acheter à ma mère Le Journal de la culture. Pour l’instant, je n’ai lu que l’interview de Dan Franck, pleine de platitudes sur l’Irak, le second tour de l’élection présidentielle, l’immigration, le mariage des homosexuels, etc. Le tout rehaussé de quelques beaux cris d’indignation : « Il n’y a plus de politique : il n’y a que le pouvoir et la conservation du pouvoir. C’est honteux ! », (c’est moi qui souligne).

        A propos du mariage des homosexuels : « Je trouve franchement, dit-il, que cela n’a aucun intérêt. Je connais Noël Mamère, que j’aime plutôt bien. J’adore qu’on fasse de la provoc’, donc je prends ça comme tel. Mais pas plus. Je pense que nous sommes dans un système où  il y aurait plus de choses à dire et plus de choses à faire, où l’on a plus de soucis que le mariage des homosexuels. Que l’on se batte pour qu’ils puissent avoir une vie normale et qu’ils ne soient pas victimes d’ostracisme, alors là, je suis le premier à le faire et à le dire. Qu’ils soient mariés je m’en fous, parce que, franchement, il y a un paradoxe entre une exclusion de fait et la défense d’un acte étrange et conservateur. » Comme, dans mon blogue de pédé, je n’ai montré que des réticences, je vais essayer ici de parler un peu en faveur de ce mariage des homosexuels, dont je suis, après tout, même si je n’en aime ni le nom ni les mœurs (sauf les mœurs sexuelles, et encore, pas toutes).

        Ah ! Mince ! Ça ne vient pas ! Juste cela peut-être : je vois mal comment on peut dire que le mariage des homosexuels n’a aucun intérêt, puisque, à l’évidence, il en a au moins un pour les homosexuels désireux de se marier ; de se marier avec l’élu de leur cœur, veux-je dire, et non avec une personne de l’autre sexe, juste pour la forme. Dan Franck estime qu’« il y a un paradoxe entre une exclusion de fait et la défense d’un acte étrange et conservateur ». Pourtant, les paradoxes ne semblent pas le déranger tellement ! Il invite lui-même à se battre pour que les homosexuels « puissent avoir une vie normale ». Mais sans mariage, apparemment. Pourtant, je ne vois rien de plus normal que le mariage. Ne fait-il pas partie du cours normal d’une vie ?

        La seule raison qui me paraisse légitime d’être contre le mariage des homosexuels, c’est que le mariage et, plus largement, les vies normales, justement, sont tristes et vulgaires. La seule vulgarité du mariage célébré par Mamère justifierait qu’on ne permette pas le mariage aux homosexuels. Quand je pense que les jeunes mariés (un obèse et une blonde pas même platine) ont quitté la mairie à bord d’une Rolls-Royce blanche ! Pour être plus vulgaire, il faut faire partie du showbiz !

        Mais pour en revenir aux paroles de Dan Franck, je le trouve bien léger lorsqu’il affecte de prendre le mariage célébré en Gironde pour de la simple provoc’, comme il dit. Si ce n’était que cela, encore ! Mais la véritable provoc’ est rigolote et sans grande portée. Elle ne rapporte généralement rien à son auteur. Tandis que ses provocations rapportent beaucoup à cette crapule de Mamère, même s’il se fait également bien des ennemis avec elles. Mais n’est-ce pas à cela qu’on reconnaît les modernes démagogues ? A la capacité qu’ils ont de se faire beaucoup d’ennemis en devenant, pour parvenir, les champions de minorités honteuses ? Finalement, Mamère n’est pas bien différent d’un Le Pen. Simplement, l’un prétend rendre leur dignité à des hommes honteux de leurs amours et l’autre à des hommes honteux de leurs haines.

Jeudi 8 juillet 2004

        Peut-être emménagerai-je rue des Cordeliers le 22 août. En tout cas pas avant. Mon père est en vacances dans la région. Il n’arrête pas de m’inviter par téléphone à venir passer une semaine avec lui. Je lui fais croire que les travaux dans mon appartement m’en empêchent, alors qu’ils ne sont pas encore commencés. Si jamais il vient passer quelques jours à Mont-de-Marsan et qu’il demande à voir l’avancement desdits travaux, il se rendra bien compte que je lui ai menti. Mais cet après-midi, je me suis trouvé une vraie bonne raison de ne pas aller le voir : j’ai un nouvel élève, à qui je dois faire cours à partir de jeudi prochain. Je ne vais tout de même pas me priver de ce petit revenu pour faire plaisir à mon pingre de père, qui ne me donne quasi jamais rien ! Sans le détester, je crois que je ne l’aime pas. D’ailleurs, je ne suis pas bien sûr d’être capable d’amour. Même ma sœur et ma mère, je ne suis pas sûr de les aimer. Parce que je les vois tous les jours, j’y suis attaché certes, mais pas autant qu’à ma chienne.

Je relis ces dernières phrases, et je suis forcé de reconnaître que je ne suis pas digne d’être aimé… Heureusement que l’amour ne se mérite pas ! Même les plus méchants des hommes sont aimés de quelqu’un. Et certains des meilleurs ne le sont de personne. Anne m’aimait bien après tout, même quand je la forçais à dormir par terre dans le couloir, parce que la voir dans mon lit après l’amour me dégoûtait. Et Augustin ne m’aimait pas entièrement, alors même qu’il jouissait de tout le meilleur de moi. Parfois il me semble que l’amour me manque. Mais je n’en suis pas tout à fait sûr. D’ailleurs, quel amour exactement ? Est-ce qu’il me manque d’aimer ? Ou d’être aimé ? Ce que je prends pour un manque, n’est-ce pas plutôt mon habituel ennui, auquel s’ajoute un peu de nostalgie ? Si j’étais moins lâche, je me regarderais en face, et j’accepterais enfin la scandaleuse idée que je me fiche d’aimer et d’être aimer, et que je n’aime vraiment que moi. Si j’aime ma mère, c’est parce qu’elle me nourrit. Si j’aime ma sœur, c’est parce qu’elle me ressemble. Mais à travers elles, c’est toujours moi que je vois, et que j’aime. Et quand il ne s’agit que de soi, l’amour n’a pas vraiment de sens. S’aimer ou ne pas s’aimer, c’est la même chose. L’important, c’est qu’on est entièrement tourné vers soi-même, adverbe de négation ou pas. Ce qui me manque vraiment, c’est d’être deux.

Vendredi 9 juillet 2004

        Ce soir, ma mère dînait en ville avec ses copines lesbiennes. Elles sont arrivées juste au moment où j’allais moi-même commencer mon repas. J’ai été obligé de me réfugier dans le bureau, avec ma chienne, pour manger en paix. Avant de partir, ces dames avaient décidé de prendre l’apéritif en plein milieu du salon, où je m’étais d’abord installé. J’aurais pu rester, mais il se trouve que je n’aime pas être observé pendant que je mange, surtout par des lesbiennes. C’est toujours un peu féministe, des lesbiennes. Alors forcément, pour elles, un type en train de manger dans le salon, avec la télé allumée, c’est suspect…

        Depuis que je suis tout petit, j’ai souvent vécu au milieu des femmes. C’est quelque chose d’affreux, comme de vivre à l’étranger, en exil. La langue et les mœurs sont différentes. Souvent j’observe ma sœur et ma mère en train de parler entre elles (de toute façon, dans ces moments-là, je n’ai pas d’autre choix que de les écouter). J’ai constaté que l’essentiel de leur propos était toujours dans ce qu’elles ne disent pas, entre les mots. Peut-être est-ce pour cela qu’elles parlent tellement. En tout cas, elles se comprennent à merveille. Moi, quand je parle avec ma mère, je n’entends que ce qu’elle me dit explicitement. Ce qui fait que je ne comprends jamais rien et que je passe pour un idiot. Par exemple, un jour, c’était l’hiver, j’avais dû me lever tôt pour me rendre à un rendez-vous. Ma mère me dit : « Il a gelé cette nuit. » Je sors de chez moi. Les vitres de ma voiture sont gelées. Je perds beaucoup de temps à les dégivrer. Si bien que j’arrive à mon rendez-vous en retard. A mon retour, je dis à ma mère : « Les vitres de ma voitures étaient gelées. Ça m’a mis en retard. – Mais, je te l’avais pourtant dit ! » Voilà de quoi me prévenait ma mère en disant qu’il avait gelé la nuit : de son point de vue, elle m’annonçait que j’aurais mes vitres à dégivrer avant de partir. Ma sœur avait très bien compris l’allusion, elle (je lui avais posé la question).

Evidemment, ce n’est qu’une anecdote. Et si j’avais l’habitude de me lever tôt, j’aurais sûrement été plus perspicace. Mais tous mes échanges avec ma mère sont de cet ordre. Depuis vingt-huit ans. Enfin non, depuis vingt ans. Depuis qu’elle n’est plus cette déesse qui n’avait pas besoin de parler pour se faire comprendre de moi. Vivement que je m’en aille. C’est fatigant à force.

Mardi 13 juillet 2004

        Hier, soirée bizarre : m’ennuyant, je vais chatter chez les pédés. Très vite, un type de Bordeaux s’en prend à moi. Selon lui, j’ai vraiment une sale gueule sur ma photo, et je devrais vite me déconnecter, parce que je lui donne envie de vomir. Je regarde bien sa photo à lui, et alors, je ne sais pas ce qu’il me prend, mais je lui réponds la chose la plus conne que j’aie dite depuis longtemps, tellement conne même, que je préfère ne pas la recopier ici. Et là, mon Bordelais me répond le plus sérieusement du monde que l’antisémitisme est illégal en France, qu’il va me dénoncer au modérateur du chat et que je ne pourrai plus venir draguer sur ce site (comme si j’étais du genre à draguer sur quelque site que ce soit, virtuel ou réel !). « Qu’est-ce que ça peut bien me foutre de plus pouvoir venir ici, face de rat, si c’est pour y rencontrer des types de ton espèce ? » Et nous continuons de nous parler sur ce ton pendant une petite heure. Finalement, je n’ai pas été viré du chat. Mais j’étais très énervé. Mes mains tremblaient sur mon clavier. Au moins, cela m’aura désennuyé quelque temps.

        Plus tard, je m’aperçois qu’on a laissé un long commentaire dans mon blogue. Apparemment, l’auteur dudit commentaire m’a lu attentivement. Il évoque, entre autres choses, ma façon de parler des gitans et des Arabes… Il me rappelle ainsi que la dureté de certaines de mes paroles sur ces gens-là pourrait me faire passer pour raciste. Voici donc l’occasion de rappeler à mes lecteurs (si vraiment j’en ai) que je ne suis que viscéralement raciste, comme tout le monde. Mais intellectuellement, il va de soi je suis pleinement conscient que nous nous valons tous, hélas !

        Le même commentateur se demande si je ne mène pas mes lecteurs en bateau. Et celui-ci d’émettre cette hypothèse : « ton journal est une fiction romanesque alors que les autres récits que tu présentes comme des fictions sont en fait, chacun dans son genre, de petites autobiographies. » Je comprends qu’on se pose cette question. Comment répondre ? Par une autre question, toute rhétorique, il est vrai : nos vies ne sont-elles pas de vastes mensonges ? Du moins la mienne… Lorsque je me fais insulter, par exemple, et que pour donner plus de poids à mes réponses, je tiens des propos racistes, c’est un rôle que je joue, un texte que je dis, en quelque sorte. Mais je ne suis pas ce personnage raciste sous les traits duquel je me montre. Ou bien je ne le suis que très partiellement. De même, lorsque je me laisse piétiner sans me défendre, je ne suis pas vraiment tout à fait un lâche. Intérieurement, je brûle de tuer. Seulement, quelque chose m’en empêche. Ni courageux, ni lâche, ni bon, ni méchant, je suis tout cela à la fois et bien plus encore. D’où que le récit de ma vie ressemble de temps en temps à une fiction. Plusieurs personnages tiennent ce journal. Mais c’est toujours moi. Et puis j’ai l’esprit tellement tordu qu’il est bien possible que tout ce que je rapporte soit beaucoup déformé par ma façon de voir les choses.

        D’un autre côté, mes fictions sont ma vie rêvée. Je me qualifie parfois de « suicidé vivant ». Je veux dire par là que je me suis interdit de vivre vraiment. (Rien de plus. Et le suicide réel ne m’attire aucunement, du moins pour l’instant, n’étant pas acculé.) Mais tout suicidé vivant que je suis, je rêve beaucoup ; je vis dans mes rêveries. Et pour donner plus de réalité à ces songes, pour mieux m’y incarner, je les écris. Du moins j’essaie… Il est donc permis de voir dans mes fictions une sorte de récit de ma vie imaginaire et intérieure. Je suis conscient du danger qu’il y a à ne faire que rêver. J’avais écrit un jour :

 

Mais je suis jeune encore et jeunesse est passée.

Je l’ai toute écoulée en heures rêvassées…

Jeudi 15 juillet 2004

        Hier, anniversaire de Julie. J’ai dû me lever plus tôt que d’habitude, parce que nous allions déjeuner à Eugénie, chez Guérard : pas dans le grand restaurant ; dans le petit, celui où l’on sert de la cuisine du terroir. J’étais d’humeur joyeuse : au moment de commander, je dis à Frédéric, l’actuel amoureux de ma sœur, qui était avec nous : « Frédéric, le vin ! C’est aux hommes de choisir le vin ! – Vas-y toi, choisis ! – Ah mais moi je suis pas un homme ! » Et tout le monde de rire bêtement, même le garçon, dont Frédéric et Julie n’ont pas cessé de se moquer ensuite (parce que ce pauvre jeune homme avait la même voix que Maïté, la grosse cuisinière des mousquetaires).

A une table en face de moi, il y avait une sublime jeune femme, belle comme un top model, mais mieux habillée (c’est-à-dire sobrement), et pleine de taches de rousseurs. Le genre de femmes qui me fait penser que c’est tout de même bien triste d’être pédé. Quoique… Dans un sens, c’est sans doute aussi triste d’être hétéro, puisque la plupart des mâles ordinaires ne peuvent jamais goûter à d’aussi belles femmes. Finalement, un pédé a plus de chance d’en tripoter, puisque lesdites beautés n’y voient pas de mal. Et même, il est beaucoup plus facile au pédé de coucher avec un Apollon qu’à l’hétéro de baiser Aphrodite,  puisque chez nous, l’adage de l’amour qui rend aveugle n’a pas tout à fait le même sens que chez eux… Chez nous, plus exactement, c’est la baise qui rend aveugle. Enfin, pas chez moi, bien sûr ! Mais comme il m’arrive de dire, je ne suis pas un pédé comme les autres : je ne couche jamais le premier soir.

J’étais enrhumé. Le mélange de champagne et de pilules très efficaces offertes par le providentiel Frédéric m’a assommé tout le reste de la journée. A onze heures, j’étais couché.

Aujourd’hui, premier cours au jeune Arnaud. C’est un adolescent rachitique et souverainement ennuyé par tout ce que je lui dis. Il a des sortes de décalcomanis à moitié effacés sur les bras, toussote constamment mais tout doucement, comme pour qu’on ne l’entende pas. Et il me tutoie le plus naturellement du monde. Encore un qui se sert frénétiquement de « blanco » comme ils disent tous, dont il agite le tube comme un forcené, pour recouvrir ses nombreuses fautes, souillant ainsi sa feuille de nombreuses cartes de France d’un nouveau genre. Comme beaucoup d’adolescents, il est beau et laid à la fois, et il pue. Et sûrement qu’il préfèrerait crever plutôt que de sourire et d’être aimable. Mais je l’aime déjà bien, parce qu’il me regarde avec beaucoup de mépris et me prend pour un con, ce que je suis d’ailleurs (même s’il ne peut pas le savoir). Ce qui est triste, c’est qu’il finira probablement par se policer : il a déjà son téléphone portable.

Vendredi 16 juillet 2004

        Cet après-midi, j’amène Pélagie chez le vétérinaire. Il me semblait bien que certaines de ses dents de lait n’étaient pas tombées. Résultat, il faut les arracher. Comme l’opération (mardi prochain) nécessite une anesthésie générale, j’en profite pour faire stériliser la bête. J’en aurai pour un peu plus de 250 €. Et je recevais aujourd’hui mes premières charges de co-propriété à payer : 231 € ! Certes, je ne dois payer ces charges que tous les six mois, certes les suivantes ne seront que de 150 €, mais tout de même, ça m’a gâché la journée. Et je n’arrête pas de me dire que Pélagie pourrait ne pas se relever de son anesthésie !

 

 

        Tous les ans, pendant les fêtes de la Madeleine, les parents de Laurence organisent dans le grand salon de l’hôtel du Sablar une exposition de peintures ou de photographies ayant un rapport avec la tauromachie. Cette année, Laurence écrivait les textes qui accompagneront les tableaux (mais je ne sais pas si le terme d’accompagner est bien approprié). Elle m’a donné hier une invitation (et quelques affiches) pour le vernissage qui doit avoir lieu dimanche soir.

Les fêtes commencent demain. Nous devrions nous retrouver Myriam, Laurence et moi pour écouter ensemble le discours du maire, toujours très amusant tellement il est grotesque. La ville est défigurée : les vitrines des boutiques sont condamnées, les fontaines et les ponts protégés par des palissades pour éviter les chutes et les noyades. Bientôt, il y aura la foule, l’odeur, les bagarres, peut-être des viols… Et comme d’habitude, les rumeurs. L’année dernière, c’étaient les gitans qui devaient assassiner quelqu’un dans la foule. Cette année, ce sont les forains qui doivent causer du désordre, parce que certaines places ne leur ont pas été attribuées. Je n’ai pas réussi à avoir de billets pour les corridas. De toute façon, je n’ai pas très envie de participer aux fêtes, cette année. 

Samedi 17 juillet 2004

        Ça y est. Ça fait un an que ce site existe.

        Cette année, pour son discours, le maire était déguisé en athlète portant la flamme olympique. Tous les ans, durant les jours qui précèdent ce discours, le jeu consiste à deviner en quoi ledit maire sera déguisé. Cette fois-ci, personne n’avait trouvé. Pourtant, on aurait pu s’y attendre. Comme d’habitude, le discours est un délire d’ivrogne : Le maire explique qu’il revient d’Athènes et qu’il a obtenu que les prochains jeux olympique se déroulent à Mont-de-Marsan. Puis il fait la comparaison de nos fêtes avec celles de Dax (qu’il ne nomme pas, mais qu’il appelle « qui vous savez » ou « ceux à qui vous pensez »). « Nous, nos fêtes ont un nom. Nos arènes ont un nom. On ne dit pas : les fêtes de Mont-de-Marsan, mais la Madeleine. On ne dit pas les arènes de Mont-de-Marsan, mais le Plumaçon. »

        Après le discours, Myriam, Laurence et moi retournons à l’hôtel du Sablar, où nous passons le reste de la soirée, sur la terrasse, à boire avec modération : de la bière, du vin blanc, du whisky. Myriam me fait visiter l’exposition de peinture taurine avec les textes de Laurence, dont le vernissage aura lieu demain. Textes honorables. Simplement, trop de ces termes qui n’existent qu’en espagnol et qui déparent un peu la langue française. Les tableaux ne sont même pas médiocres, il me semble. Le problème, avec la peinture taurine, c’est que c’est un artisanat plus qu’un art : beaucoup de savoir faire, beaucoup de figures imposées et très peu de l’artiste, finalement. Mais s’il n’y a pas le savoir faire, comme cela me semble être le cas dans cette exposition, que reste-t-il ? Quel intérêt ? Une ou deux bonnes idées, tout de même, en particulier celle de l’ombre du toro sur le burladero, mais comme je disais, la réalisation n’est pas à la hauteur de l’idée. (Je ne m’y connais d’ailleurs pas assez en peinture taurine pour savoir si cette idée d’ombre n’est pas déjà, voire depuis longtemps, un lieu commun.) Le père de Laurence me fait remarquer que le peintre travaille parfois à l’aide de photos, et que l’ombre représentée est l’ombre réelle d’un toro sur un burladero. Mais justement, curieusement, en art, pour être réaliste, il faut parfois tordre la réalité : je continue de penser que cette ombre est ratée.

        Puisque j’en suis à parler d’artistes, une autre fait des siennes, pendant les fêtes : Delphine Gleize, cinéaste du cru, à qui le journal local donne une rubrique pour ces quelques jours : le texte d’aujourd’hui, comme celui d’hier, n’a absolument aucun caractère, aucune force, aucun style.  Je ne résiste pas au plaisir malsain de le recopier : Extérieur jour [ça, c’est le titre]. Place Saint-Roch. Le ciel est gris. Le sol est rouge [ça c’est pour la polémique, parce que cette nouvelle couleur de la place Saint-Roch est loin de faire l’unanimité à Mont-de-Marsan]. Des bâches couvrent des manèges. A quelques mètres se déploie un marché couvert, bondé de gens alertes [je ne sais pas d’où elle tient que les Montois sont alertes]. Une ville en veille et en émoi [un genre de slogan, elle devrait faire de la pub]. Derrière un panneau « sandwich aux oignons » [elle devrait faire de la pub, je vous dis], deux paires de pieds, très proches. Les visages sont cachés. Un couple d’adolescents s’embrasse avec frénésie [ne rêvez pas, ils ne feront rien d’autre]. Vêtue de bleu et blanc, comme son compagnon, la jeune fille s’écarte doucement [là, nous avons la preuve que cette Delphine Gleize s’est vendue au pouvoir local. Les vraies couleurs de la fête, anciennes, populaires, sont le rouge et le blanc. Mais depuis quelque temps, la mairie veut imposer le bleu à la place du rouge, sans doute pour se distinguer de Dax ou bien du Basque, ce qui est idiot, parce que le costume du festayre appartient à un peuple dont le territoire va bien au-delà de la seule ville de Mont-de-Marsan]. « Je vais acheter du poulet… » [Elevé en liberté, bien sûr, cf. la pub.] Le jeune homme est bouche bée. Il sourit jaune. Il a un léger accent parisien [alors là, tout est dit, non seulement le garçon est un étranger, mais en plus, il est Parisien, race souverainement méprisée dans certaines provinces de France]. « Ça peut pas attendre dix minutes ?

– Je mange toujours du poulet avant la cavalcade [La landaise a des traditions]. Ça fait quinze ans que ça dure et je vois pas pourquoi ça changerait…

– Parce que tu m’as rencontré.

– Ça fait seize heures qu’on se connaît !

– Mais on devait pas se voir ce soir ?

– On se voit, pas de problème. Je serai avec ma grand-mère, mes cousins, mes voisins [vraies valeurs provinciales, la famille, le clan, pitoyable !]. La bonne nouvelle, c’est qu’ils ont des jambes ! Ils marchent, ils sautent, ils dansent !

– Mais t’es pas amoureuse ?

– Si, si ! Normalement, toutes les cinq heures, à partir de ce soir, je tombe amoureuse… [Déjà vu, ça, non ? Quelle salope en tout cas, cette fille !] Tu viens ?

– Je vais réfléchir… [Moi, à sa place, ce serait tout réfléchi, je m’en chercherais une autre.]

– Dis, c’est la première fois que tu viens faire des fêtes ? [On dit en effet « faire les fêtes » pour « aller à la fête, y participer ».]

– Non, j’étais à Dax, Bayonne et Vic-Fezensac. »

La jeune fille fait un pas vers lui et l’embrasse sur la joue, perplexe. « Ah, d’accord… Oublie… Donc, c’est tes premières fêtes… » [Parce que nous sommes uniques ! Des comme nous, y en a pas d’autres, on est comme un certain village gaulois irréductible, mais dans les Landes !]

 Finalement, Delphine Gleize a plutôt bien saisi l’esprit d’ici. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’elle ne fait pas notre satire, mais notre apologie. Tout de même, ça pourrait faire un joli court-métrage, couleur locale, avec l’accent chantant (et néanmoins vulgaire) de la fille, et puis  le garçon de la ville, un peu perdu, mais amoureux. Seulement, ce court-métrage, nous l’avons tous déjà vu au moins une fois dans notre vie, non ? Comment soupçonner, en lisant ce texte, que le cinéma de Delphine Gleize (Carnages, 2002) est du genre compliqué, voire intello-chiant ?

Dimanche 18 juillet 2004

        Ce vernissage était très bien. Boissons gratuites à volonté. Myriam s’est biturée joyeusement. J’avais du mal à la suivre. Je ne tiens plus très bien l’alcool. Elle et moi, nous ressemblions à deux pique-assiette : comme nous avions déjà lu les textes de Laurence et dit tout le mal que nous pensions des tableaux la veille, tout notre intérêt n’allait plus qu’au bar. Apercevons la Delphine Gleize à la terrasse de l’hôtel. Je parle de sa rubrique à Myriam, elle est d’accord avec moi : elle se foule pas, la cinéaste ! Est-ce qu’elle est payée pour écrire ses merdes ?

        Je dîne une seconde fois, avec Myriam, Laurence et sa famille, pour éponger un peu l’alcool ingurgité jusque-là. Pendant le repas, j’apprends que Christelle, la sœur de Laurence, aurait besoin de cours de latin pendant les vacances, pour se préparer à la session d’examens de septembre. Mais comme tout le monde était plus ou moins ivre, je ne sais pas si la proposition est bien sérieuse, surtout que ladite Christelle ne semblait pas très emballée. On verra après les fêtes.

Mardi 20 juillet 2004

        Je devais me lever tôt, puisque c’était ce matin que Pélagie se faisait délester de deux canines et d’une paire d’ovaires. C’est désormais fait. J’ai téléphoné au vétérinaire : elle se réveille lentement. J’irai la chercher tout à l’heure, à 17h30. En attendant, comme je n’avais rien à faire, je me suis promené dans le labyrinthique Internet. J’ai beaucoup ri en lisant l’article du jour de Manutara, qui s’est amusé à me pasticher. Devenu personnage, j’évolue dans un univers où tout est plus grand : la table de la salle à manger, ma voiture, mon appartement, et même mon chien ! Mais peut-être faut-il être moi, ou un lecteur attentif de mon journal, pour rire à cette lecture ? L’auteur s’y moque de moi, mais gentiment, alors je lui pardonne. Et ce n’est pas tous les jours qu’on est à l’origine d’un personnage ! Si cela continue, je n’aurai plus besoin de tenir ce journal. J’irai me lire directement chez mon auteur, je n’écrirai plus rien et que je commencerai peut-être à vivre.

Mercredi 21 juillet 2004

        Cette nuit, en rentrant du Sablar, je croise un type en rouge et blanc échoué sur un trottoir, en train de cuver son vin. Un autre festayre approche, ouvre sa braguette et lui pisse dessus. Ça faisait certes très couleur locale, mais c’était tout de même beau.

Jeudi 22 juillet 2004

        Aujourd’hui, titre de la rubrique de Delphine Gleize, cinéaste de son état : Les poulets de Mlle Dominique. Décidément, cette fille aime la volaille (et la viande de taureau).

Dernier jour des fêtes, mais je reste chez moi. Tout de suite après la course, Myriam, Laurence et Christelle doivent prendre la route (700km) : elles se rendent à la crémation de la grand-tante des deux sœurs, qui est morte il y a quelques jours. Laurence nous parlait souvent de cette dame. C’était, je crois, une femme très libre, avec une histoire pleine de rebondissements, ce qu’on appelle un personnage. Je ne l’aurai finalement jamais rencontrée (Laurence parlait souvent de nous la présenter).

Vendredi 23 juillet 2004

Pour afficher correctement les mots grecs ci-dessous, il faut la police GREEK, que vous trouverez sur cette page .

 

P©j d' ™n meto…kJ glîssan eÜtukon fšrei

kak»n, tÒ t' e„pe‹n eÙpetj mÚsagm£ pwj.

 

Je relis Les Suppliantes et je repense à ce que j’écrivais l’autre jour : que nous sommes tous viscéralement racistes. Certes l’adverbe peut choquer. Je voulais seulement dire que nous avons cela dans le ventre, que c’est dans notre nature de ne pas aimer l’étranger. D’autres l’ont dit avant moi, à commencer par Eschyle :

 

Notre langue toujours est contre l’étranger

Prête à dire des mots qui le vont outrager.

 

Je ne vois là rien de choquant. Telle est notre pente. Mais tous les hommes peuvent bien la remonter, cette pente, il me semble, du moins s’ils le veulent bien.

Qui n’a jamais entendu quelqu’un commencer ainsi sa phrase : « Je ne suis pas raciste, mais… » ? Il m’arrive souvent de tenir les mêmes propos, mais sans commencer par « Je ne suis pas raciste, mais… ».

Dimanche 25 juillet 2004

        J’avais oublié de dire que pendant ces fêtes de la Madeleine, qui sont maintenant terminées, Julie avait croisé ce grand cadavre de Hieronymus. C’était pendant la dernière nuit : Hieronymus traverse la foule pour saluer Frédéric, l’actuel amoureux de ma sœur, qu’il connaît. Et pendant ces civilités, il ignore ostensiblement Julie. Un peu plus loin dans la foule, il y a le reste de la clique. Dont cette putain d’Audrey, la chérie de Pierre, cousin du contagieux, qui jette à ma sœur de grands sourires de femelle arrogante, bien sûre d’elle au milieu de sa meute. Heureusement que je n’étais pas là : j’aurais pu me mettre dans une mauvaise situation. Et pendant tout ce temps, Frédéric ne fait rien. Il laisse mépriser ma sœur, sous ses yeux… Pourtant, la violence ne le rebute pas toujours, si j’en juge à certaines grosses marques de doigts qu’il a récemment laissées sur la peau des avant-bras de Julie… Je n’aime vraiment pas la façon dont elle se laisse traiter depuis quelque temps, de tous côtés. Mais je me force à me taire, à ne pas intervenir, puisqu’il paraît que c’est à cause de moi que ce qui devait d’abord être la séparation en bons termes de Hieronymus et d’elle est devenu l’étrange et mesquine guerre qui se joue désormais de hasards en occasions.

Vendredi 30 juillet 2004

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        Très mauvaise journée. J’ai dû faire trois choses aujourd’hui, dont une n’est devenue nécessaire que dans le courant même du jour, ce que je déteste. D’habitude, deux choses à faire, c’est déjà trop. A chaque fois, je dois me préparer moralement. Mais avec cette troisième chose, conséquence imprévue d’une des deux choses initialement prévues, j’ai été pris au dépourvu, je me suis retrouvé à devoir affronter bien plus que ce pour quoi je m’étais d’abord préparé. Résultat : je me suis fait grande violence.

C’est dans ces moments-là qu’on se rend compte qu’une piscine est un don du ciel. On entre dedans, et l’on se sent lavé du monde extérieur. On se laisse flotter sur le dos, les oreilles immergées, et l’on n’entend plus que le ruissellement assourdi de l’eau sur laquelle on repose. On regarde le ciel, et l’on est de nouveau seul au monde, second soleil dans le soir. Quand je pense que bientôt, je n’aurai plus de piscine chez moi ! Il me faudra sortir de mon appartement et me rendre ici, chez ma mère, c’est-à-dire faire quelque chose (un trajet), pour me laver des choses que j’aurai eu à faire dans la journée ! Ça n’a pas de sens !

        Pour me reposer, je lis les différents blogues que je fréquente plus ou moins régulièrement. C’est ainsi que je m’aperçois que quelqu’un qui m’avait classé dans ses blogues favoris (ce qui se rencontre rarement), m’en a supprimé. Bien sûr, je devrais être satisfait que mon blogue de pédé (c’est de celui-là qu’il s’agit) ne figure plus sur une liste de blogues médiocres pour la plupart, mais je ne peux pas m’empêcher d’être vexé qu’on préfère au mien ces médiocres blogues-là ! Quel être vaniteux je peux faire, tout relativement détaché de tout que je me veuille ! C’est souvent que je me sens humilié de ne pas figurer dans les listes de blogues favoris d’auteurs que j’apprécie moi-même. C’est d’autant plus idiot que ce sont la plupart du temps les auteurs que j’aime bien, plutôt que les blogues proprement dits, qui n’ont généralement que très peu d’intérêt, comme l’immense majorité. Tandis que mon blogue à moi, qui justement ne manque pas totalement d’intérêt (je parle bien de mon blogue de pédé, mais mon autre n’en manque pas non plus) a probablement été retiré de la liste des favoris de celui dont je parle à cause uniquement de certains aspects peu appréciables de ma personne… Qu’ai-je bien pu dire pour mériter cette injuste sanction ? Une parole malheureuse sur le mariage des homosexuels ? Le conte du petit pédophile ? Ou peut-être que celui qui ne m’apprécie plus est venu jusque sur mon second blogue et qu’il a lu quelque phrase dictée par mon racisme somme toute ordinaire. Comment savoir ? Mais quelle importance ?

        Il faudrait qu’un jour j’écrive un billet dans mon blogue (de pédé) sur ce que je pense des blogues. De toute façon, je n’aurais pas grand-chose à dire. La plupart de ceux que je lis, qui sont presque toujours des journaux intimes, ne sont pleins que du vide des existences des uns et des autres. On serait tenté de dire comme Sophocle :

 

'Ië geneaˆ brotîn

æj Øm©j ‡sa kaˆ tÕ mh-

dn zèsaj ™nariqmî.

 

Je  n’ai rien contre le rien, Dieu sait ! Mais il faut du rien qui ressemble à quelque chose, avec un minimum de tenue, de caractère, de style. Si encore, il y avait tout cela, ce serait une bonne raison de lire ces blogues !  Mais non, tout est plat, à tel point qu’on se demande si ce n’est pas plutôt la platitude de l’expression qui laisse cette étrange impression de vide… Finalement, je me demande bien pourquoi je lis des blogues !

        Tout de même, n’exagérons pas, il y en a de bons, surtout parmi ceux qui ne sont pas des journaux intimes. Les journaux intimes publiés sur Internet pouvant recevoir des commentaires sont de faux blogues. Le blogue est autre chose, que j’aurais d’ailleurs le plus grand mal à définir. Sans doute un nouveau genre littéraire, bâtard, mais qui deviendra peut-être quelque chose, qui sait ? Et si nous étions à un tournant de la littérature ? Et si nous assistions à la naissance d’un genre nouveau jusque dans sa façon d’être conçu, son mode de diffusion, sa durée de vie ? Et si j’allais me coucher ?

Samedi 31 juillet 2004

        A l’heure où j’écris ces lignes, la citadelle, comme dit Manutara, n’est toujours pas accessible. J’ai donc publié le dernier doublet de ce journal sur mon blogue de pédé. Pourquoi ne pas continuer pendant quelque temps, disons, jusqu’à mon déménagement, qui doit avoir lieu fin août ou début septembre, histoire de voir si je suis plus commenté sur Gayattitude ? Et qui sait, peut-être, après ce délai, ne plus du tout publier ces doublets sur Hautetfort ? On verra bien.

De toute façon, une fois que j’aurai emménagé dans mon nouvel appartement, je risque de me faire plus rare sur Internet, du moins dans un premier temps. Car il est possible que je ne prenne pas immédiatement de connexion chez moi. Peut-être même n’en prendrai-je pas du tout. Dans tous les cas, il restera toujours la connexion d’ici, que ma mère conservera (je l’en ai persuadée), afin que je n’aie pas à changer l’adresse de mon site personnel. Car c’est grâce à elle que je l’ai, ce site où je dis tant de mal d’elle ; mais finalement, elle y trouve son compte elle aussi, puisque tout ce mal que j’y dis d’elle, c’est autant que je ne lui jette pas directement dans la gueule. J’espère qu’elle ne changera pas d’avis. Elle serait bien capable de résilier son abonnement, uniquement pour m’emmerder, cette conne !

        Tout à l’heure, je me suis rendu rue des Cordeliers, où les travaux doivent commencer lundi. Le jour baissait. J’ai allumé la lumière, et pour la première fois, je crois que je me suis senti chez moi, dans cette grande pièce vide. A cause de la lumière. Il n’y a plus de foyer dans les maisons modernes. Mais il me semblait que cette petite ampoule au plafond était mon nouveau feu.


Juin - Août


Journal - Jardin

 

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