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Journal - Jardin


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Juin

Depuis le mois d’avril 2004, il existe un doublet de ce journal, ayant la forme d’un blogue et pouvant donc recevoir des commentaires.


Mercredi 2 juin 2004

        Cet après-midi, dans le hall de l’immeuble de la rue des Cordeliers, où je vivrai bientôt, j’étais très élégamment en train de remonter mon jean sur mes hanches et de resserrer ma ceinture militaire, quand tout à coup, de l’électricité dans l’air. Le temps s’arrête, comme avant un danger : j’avais été flairé par deux clébards d’invertis rentrant de promenade, sans doute de futurs voisins. Ils étaient en train de me renifler des yeux, de me jauger, de me défier du regard et de m’asperger de phéromones. « Non mais y z’ont qu’à me pisser dessus, tant qu’y z’y sont », me suis-je surpris à penser. Je leur jette à la figure un de ces bonjours dont j’ai le secret, et qui, généralement, donne envie de disparaître à qui se le fait dire. En effet, ils disparaissent dans mon dos. Ça promet. L’un au moins de ces deux animaux était joli à regarder. Peut-être que l’autre aussi, mais je n’ai pas eu le temps de tout voir…

Jeudi 3 juin 2004

        J’étais invité à dîner chez Anna, la sœur de Matthieu, avec Julie et lui. Quelle épouvantable cuisinière qu’Anna ! L’agueusie est-elle un effet secondaire de la surdité ? Elle ne semblait pas se rendre compte qu’absolument rien n’était bon, et même, elle nous demandait comment nous trouvions le repas… Evidemment, ni Matthieu ni ma sœur n’ont fait de remarque. Au contraire, ils disaient de tous les plats qu’ils étaient délicieux ! A chaque fois, je ne pouvais m’empêcher de m’agiter sur ma chaise et de pester dans ma barbe. Etre mal reçu me rend bêtement méchant. Mais il est vrai que je suis souvent bête et méchant. De toute façon, Anna ne pouvait pas m’entendre. Ce n’est donc pas vraiment comme si j’avais été méchant…

        Je me sens loin de tout, ces temps-ci, (d’ailleurs, je n’ai rien à dire). Loin des livres que je n’écris pas. Loin de ce journal. Loin de moi. Loin même de cette maison que je n’habite déjà plus tout à fait, me sachant devoir en partir bientôt. Loin même de ma piscine, qui ne m’appelle plus autant qu’autrefois.

Vendredi 4 juin 2004

        Nous passons à la boutique de Frédéric, avec Matthieu et Julie. Ledit Frédéric est dans le petit salon, à l’arrière, en train de regarder une vidéo montrant les exploits et performances de skateboarders (c’est à cela que sert ce salon). A l’accueil, un très joli blondinet, cheveux longs et emmêlés, genre surfer, mais de petit gabarit, ne nous sourit pas. Dès que je l’ai vu, je me suis dit qu’à défaut de pouvoir le mettre dans mon lit, je le coucherais dans mon journal. Voilà qui est fait. S’il ne sourit pas, il regarde beaucoup, pas vraiment caché derrière ses mèches de cheveux. Mais que regarde-t-il exactement ? Ma sœur, indiscrètement tripotée par son amoureux ? Matthieu, qui se trémousse ? Ou moi, en train de le regarder aussi ? C’était moi. Impossible d’en douter après le beau sourire qu’il me décoche, au moment où je m’en vais.

Mercredi 9 juin 2004

        Ces derniers jours : rien. Je vis autour de la piscine. Je me baigne. Je sèche en lisant. Je me baigne encore, et ainsi de suite. Une fois par jour, je prends Pélagie avec moi dans l’eau. Pendant mes autres baignades, elle court tout autour du bassin, comme une folle. Elle se fait peur, hésite à me rejoindre, mais n’ose jamais.

        Ce soir, en chattant avec Laura, j’apprends que son amoureux doit quitter bientôt Nice et s’installer à Lyon. Elle est très triste.

        La nuit, j’écris quelques vers de la même veine que ceux de Comment la Qui-tu-sais fut mise enceinte. Si cela donne quelque chose, ce que j’espère, je le publierai peut-être sur mon blogue de pédé.

Vendredi 11 juin 2004

        Je termine aujourd’hui le morceau dont je parlais mercredi. C’est une satire. J’ai bien envie d’en écrire d’autres. Peut-être. Je publierai celle-ci demain, dans mon blogue de pédé. J’hésite à la mettre aussi sur ce site.

        Hier, Pélagie était toilettée pour la première fois. Elle ressemble beaucoup à Coccymèle, avec ses poils plus courts. Après son toilettage, j’ai dû la mener chez le vétérinaire, parce que je me suis aperçu qu’elle avait un hématome à l’œil gauche. S’est-elle fait cela toute seule ? Ou bien est-ce la toiletteuse qui a fait un geste un peu brusque ? Je ne suis resté que la moitié de la séance à l’observer dans son travail. L’autre moitié, j’étais à la librairie Caractère, qui n’est pas loin. La femme m’avait bien signalé, à mon retour, que Pélagie avait un œil un peu rouge, peut-être dû au shampoing, mais le vétérinaire m’a confirmé qu’il y avait nécessairement eu un coup (peut-être une chute) puisqu’il y a un hématome (et c’est très rouge, atrocement sanguinolent ; on dirait des viscères). Je ne veux pas accuser la toiletteuse de maladresse, n’étant pas tout à fait sûr que la bête n’était pas blessée avant son toilettage. La prochaine fois, je ne quitterai pas des yeux la dame à l’ouvrage.

        En l’auscultant, le vétérinaire me prévient d’autre part que les dents de laits de Pélagie ne tombent pas assez vite. Dans quinze jours, si elle les a encore, il faudra les lui arracher.

        Entre la toiletteuse, le vétérinaire, les médicaments, les livres achetés à la librairie et la commode en aluminium qui m’était livrée hier, j’ai dépensé presque 900 €. Hier était donc un très mauvais jour qu’il faut absolument oublier. D’ailleurs, quelle sotte idée de l’écrire !

Mercredi 16 juin 2004

        Ça parlait de phobies, ce soir, à la télé, chez Delarue. Premier cas abordé : celui d’une jeune fille phobique sociale, comme moi. Mais c’est tellement exaspérant de voir les braves gens s’entêter à ne pas comprendre ce que c’est qu’une phobie et à faire des remarques de bon sens, que d’ailleurs tous le phobiques se font aussi, sans pourtant que ça ne les guérisse jamais, c’est tellement agaçant, disais-je, que j’éteins la télé ! (Plus facile de faire taire celle-là que ma mère.) Ce n’est pourtant pas difficile à comprendre. Quelqu’un qui, par exemple, a la phobie du regard des autres, sait très bien que tout le monde n’est pas en train de le regarder. Mais malgré cela,  il ne peut pas s’empêcher de sentir tous les regards braqués sur lui.

        Peut-être la phobie sociale est-elle plus difficile à comprendre qu’une autre, en cela qu’elle est faite d’angoisses connues de tous les hommes, mais occasionnellement. Si bien qu’on se dit qu’un phobique social manque simplement de bonne volonté, que c’est un faible, mais pas un malade. Seulement ces angoisses à lui ne sont pas occasionnelles, mais systématiques, permanentes, et surtout beaucoup plus extrêmes que celles que ressent le commun des mortels. Dans une autre phobie, par exemple la phobie des grands espaces vides, il y a quelque chose de si nettement saugrenu, irrationnel, qu’on ne peut pas croire qu’il s’agisse d’autre chose que d’une maladie.

        Finalement, c’est par ma phobie que je suis le plus humain. Je suis supérieurement humain par mes peurs, qui sont celles de tous les hommes, mais poussées à l’extrême.

Vendredi 18 juin 2004

        Cet après-midi, par une chaleur épouvantable, je sors de chez moi, direction mon futur appartement, où j’avais rendez-vous avec la personne qui devait refaire les peintures et le sol. Ladite personne me prévient : pour les murs, pas de problème, mais pour le sol, c’est autre chose. Le lino à enlever est tellement bien collé que ça lui demanderait beaucoup de travail très compliqué, pour lequel il n’est pas équipé. Il me conseille de poser plutôt du parquet flottant ! Mais c’est hors de question. J’ai conçu toute ma déco en fonction d’un certain type de revêtement en vinyle, imitant les sols métalliques comme ceux qu’on voit dans les usines, et pour lequel j’ai eu une espèce de coup de foudre. Je dois donc trouver quelqu’un d’autre pour s’occuper du sol. Tout cela va me coûter beaucoup plus cher que je ne pensais. Je pleurniche devant ma mère : à ce rythme, j’aurai plus un rond pour m’acheter des meubles. J’habiterai dans un appartement aux murs et sols propres, mais entièrement vide. Et elle, magnanime, me dit que si je n’ai pas assez, elle paiera la différence. Mais qu’elle différence, puisque tout cet argent était à elle, de toute façon, avant qu’elle me le donne ? Cela dit, ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

        Nouveau rendez-vous lundi matin, avec quelqu’un d’autre, qui doit me faire un devis pour le sol uniquement. Et je signe l’acte de vente mercredi 30 juin, à dix heures. Pourquoi faut-il que tout ait presque toujours lieu le matin ? Et pourquoi ai-je si souvent l’impression que les gens doués pour ces travaux manuels auxquels je ne connais rien, me prennent pour un con ou essaient de m’entuber ?

        Autre contrariété : certains délais dans les travaux et livraisons font que, très vraisemblablement, mon emménagement est repoussé au mois d’août.

Lundi 21 juin 2004

        Rentrant de mon rendez-vous rue des Cordeliers, repoussé à dix-huit heures, je passe devant la scène montée sur la place de la mairie pour la fête de la musique. Un Arabe vaguement rappeur, à moins que ce ne soit un rappeur vaguement arabe (je ne suis plus très sûr, n’ayant pas bien regardé), s’apprête à chanter quelque chose sur la Palestine « et son mur soi disant protecteur », nous dit-il. Comme si les murs pouvaient parler ! Mais peut-être qu’ils parlent, après tout ? Il y en a bien qui ont des oreilles ! Pas les habitants de cette ville en tout cas, qui semblaient apprécier les accents de cette saine révolte, adolescente et subventionnée.

Dimanche 27 juin 2004

        Je fréquente assez peu ce journal, en ce moment. Et cela fait très longtemps que je n’ai pas mis les pieds dans la partie jardin de mon site. Pourquoi ne pas y ajouter le chantier des satires auxquelles je travaille ces nuits-ci ? J’en aurai bientôt terminé une, qui est la mise en vers d’un ancien billet de mon blogue de pédé. Sans doute puiserai-je dans ce blogue des sujets pour un bon nombre de ces satires. Ces billets forment en quelque sorte des canevas pour mes vers, comme en faisait Chénier pour les siens ; la comparaison s’arrête là, bien sûr. Qui est mon modèle ? Horace ? Perse, dont je cite le nom dans un vers ? Juvénal ? Barbier ? Sûrement pas Perse ! Trop bon élève ! Horace, pour le côté causerie ? C’est Juvénal que je devrais suivre, bien sûr, mais sans doute ne suivrai-je encore que moi, comme d’habitude. Le principe même de prendre dans mon blogue de pédé des textes déjà écrits pour les mettre en vers prouve qu’une fois de plus, je ne sais faire que suivre ma pente, molle et paresseuse.

Mardi 29 juin 2004.

        Je termine un nouveau sonnet de Deuil. Encore un, et ce petit ensemble devrait être terminé. L’envoyer à des revues ? Mais lesquelles ?

        C’est demain que je deviens propriétaire. Je vais devoir me lever tôt.

Mercredi 30 juin 2004

        C’est fait.


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