Accueil

Journal - Jardin


Septembre - Novembre

Octobre

Depuis le mois d’avril 2004, il existe un doublet de ce journal, ayant la forme d’un blogue et pouvant donc recevoir des commentaires. (Et même, depuis peu, un deuxième doublet ici. Pourquoi ? Parce que.)

 


Samedi 2 octobre 2004

        Insomnie. Nuit blanche. Avant de me rendre au cours que je devais donner à onze heures, je vais acheter deux livres, que je ne paie finalement pas, parce que je suis arrivé à la fin de ma carte de fidélité. Je passe le reste de la journée dans un état presque second, les idées encore plus opaques que d’habitude, par manque de sommeil.

        Affalé devant cette affreuse catin de télévision, je découvre une nouvelle émission sur la première chaîne, intitulée Queer (tout un programme !), dans laquelle des homosexuels propres et vêtus de neuf apprennent à des hétéros honteux, ternes et larmoyants, à se comporter, s’habiller et vivre comme des hommes modernes, c’est-à-dire, j’imagine, comme ce qu’on appelle des « métrosexuels » dans les revues pour bonnes femmes que lit ma mère. Désormais, la preuve est faite : les hétéros aussi sont des lopettes largement putes sur les bords, puisqu’ils se laissent tripoter apparemment sans vergogne par toute une troupe de pédales hurlantes évaporées, en échange du déguisement qu’on leur fait endosser. Tout de même, le petit hétéro, d’ailleurs fort agréable à regarder, n’est pas allé jusqu’à se laisser doigter par ces effrayantes créatures, ce qui est bien, je crois, une gageure, car elles étaient, m’a-t-il semblé, très entreprenantes avec leurs mains baladeuses. J’abhorre ces agités du croupion, auxquels on pourrait peut-être m’associer (insupportable idée), parce qu’il m’est arrivé d’en enculer. Le blondinet monté sur ressort est particulièrement exaspérant. Il donne envie qu’on lui enfonce des bâtons de dynamite où je pense, pour qu’il ait une bonne raison de sauter partout comme il fait. A la fin, le pavillon de banlieue de l’hétéro beauf métamorphosé en pop star des week-ends karaoké est meublé et décoré comme chez Lenny Kravitz. Le garçon sait préparer la cuisine qu’affectionne la chanteuse Madonna. Et sa petite amie, une grasse blonde décolorée, serrée dans du cuir, comme une putain de bas étages, est demandée en mariage. Quant aux pédés, qui ne rêvent tous que de mariage, justement, ils applaudissent, la larme à l’œil.

        Si je parle de cela, c’est parce qu’on est déjà samedi et que c’est demain que je dois publier ces pages de mon journal sur Internet : or je m’aperçois qu’elles sont presque vides…

Mardi 5 octobre 2004

        Ma mère et ma sœur rentrent du Maroc ; je retourne chez moi.

Mercredi 6 octobre 2004

        Je reçois une lettre d’Armando, postée de France. Il se rapproche.

Jeudi 7 octobre 2004

        En ce moment, pas grand-chose. J’écris une nouvelle, une histoire de fantôme. J’allais dire un pastiche de Poe, mais seulement pour l’atmosphère… Je ne pense pas qu’Edgar Poe aurait conduit son récit comme je fais. Disons que c’est en lisant La Chute de la Maison Usher l’autre soir que, je ne sais plus trop comment, l’idée m’est venue de cette nouvelle. Si je la termine, je la publierai dans mon blogue De Profundis.

Vendredi 8 octobre 2004

        Je reçois plusieurs livres que j’avais commandés sur Internet grâce aux numéros inscrits sur la carte bancaire de ma mère, pendant qu’elle était au Maroc avec ladite carte, (magie de la technique !). Ce sont des romans de Barbey, dont je ne commencerai pas la lecture avant plusieurs jours, étant pour l’instant encore en plein milieu de Villa Vortex.

        J’apprends que, parce qu’elle est séropositive, on a refusé d’assurer ma sœur qui, devant bientôt acheter un appartement, souhaiterait obtenir un prêt bancaire. Ma mère me dit qu’elle ne comprend pas pourquoi il n’est pas possible de créer une clause annulant le contrat d’assurance dans le cas d’un décès dû au sida uniquement, mais pas dans celui d’une mort accidentelle, par exemple. J’imagine qu’il est dans l’intérêt de la banque de prêter l’argent, et donc, de trouver une solution. Mais peut-être ai-je trop d’imagination…

Samedi 9 octobre 2004

        Laurence et Myriam sont à Mont-de-Marsan. Je les verrai peut-être demain.

        Il y a plus ou moins régulièrement, comme en ce moment, des périodes où je suis presque entièrement absent de ce journal. Est-ce à dire que je suis plus présent dans ma vie ? Pas sûr.

Mardi 12 octobre 2004

        Les copines lesbiennes de ma mère viennent chez moi, pour m’aider à fixer au mur des rayonnages destinés à recevoir une partie de mes livres. Je regarde faire ces deux filles bien plus adroites que moi. Le soir, je range lesdits livres. Cela me fait comme un grand soulagement. Tous ces volumes n’ont pas leur place dans des cartons. Même si la plupart d’entre eux doivent rester longtemps fermés, il faut qu’ils soient à portée de main, pour qu’on puisse les ouvrir dans la minute, si besoin. Les cartons vides recevront bientôt d’autres livres, qui sont encore chez ma mère pour l’instant. Je n’avais pas assez d’argent pour acheter tous les rayonnages qu’il aurait fallu.

Mercredi 13 octobre 2004

        Il me semble qu’il est souvent question d’inceste à la télévision, ces temps-ci. Des femmes, à moins que ce ne soit à chaque fois la même personne (je n’ai pas la mémoire des visages ni des noms, ni d’ailleurs de tout le reste), viennent dans diverses émissions parler de ce sujet absolument tabou, disent-elles, c’est-à-dire dont il ne serait pas possible de parler, alors même qu’elles sont pourtant justement en train de le faire… J’imagine qu’elles veulent dire qu’il n’est pas possible de parler de l’inceste quand on en est victime (ou coupable). Ce que je ne comprends pas, c’est qu’il y ait toujours dans l’inceste, à les entendre, une victime et un coupable. Le véritable sujet tabou, celui dont on n’ose absolument pas parler, c’est plutôt, me semble-t-il, l’inceste entre des personnes, toutes les deux victimes ou coupables (tout dépend de la sévérité du regard qu’on porte sur elles) de cet inceste. Il existe bien des incestes consentis de part et d’autre ? Sans doute n’imagine-t-on pas ce consentement réciproque entre un père et une fille, un fils et sa mère, à cause du rapport de forces (inégales) que la différence d’âges suggère, mais après tout, une histoire d’amour n’est-elle pas souvent un rapport de force ? Je n’ai jamais pu me résoudre à regarder avec dégoût une histoire d’amour, même physique, entre deux frères, deux sœurs ou un frère et une sœur, du moment que les forces en jeu sont égales. Et même, cela fait longtemps que je pense que si j’aime les garçons, c’est parce que j’ai manqué, parce que je manque encore d’un frère avec qui coucher. Je me rends bien compte qu’il y a quelque chose de choquant, pour quelqu’un de facilement choqué, dans ce « frère avec qui coucher ». Pourtant, je ne puis m’empêcher de voir dans ces mots une grande et profonde vérité me concernant.

        A la limite, je comprends qu’on soit horrifié par certains fruits repoussants qui pendent parfois aux branches d’une amour incestueuse. Mais qui élève des taureaux de combat, ou même des chiens de race, doit bien savoir que croiser un sang avec lui-même peut aussi faire ressortir le meilleur de la lignée, et non toujours le pire.

Jeudi 14 octobre 2004

        Ce soir, je mange avec ma mère, en tête à tête. (Julie et son nouvel actuel amoureux, qui s’appelle Julien, étaient invités à dîner chez Emmanuelle.) Rien d’extraordinaire au menu, mais enfin, cela change des pâtes. Pélagie réussit à voler une tranche de jambon, que je lui reprends aussitôt. Cette bête qui, d’habitude, ne quémande pas le plus petit bout de rien chez moi, se met à voler tout ce qui se peut manger chez ma mère.

Samedi 16 octobre 2004

        Il commence à faire vraiment froid. Même ma mère, qui, pourtant, contrairement aux vieilles ordinaires, a toujours chaud, dit ces mots : « C’est l’humidité qui nous transperce ! »

Dimanche 17 octobre 2004

        Comme chaque dimanche, je mets à jour mon site personnel, ou plutôt, j’y ajoute les dernières lignes de mon journal intime, qui est depuis un certain temps maintenant la seule partie vraiment vivante dudit site. Mais je renonce à en publier les doublets dans le blogue créé à cet effet, dont le fonctionnement me semblait excessivement lent à l’heure où je tentais de le faire. Mardi, peut-être.

        Je reçois un courriel d’Armando, qui me rappelle soudainement, et alors que je ne m’y attendais pas, que la réalité du monde est souvent terrible. Ce que je lis dans son message, mais que je ne peux écrire dans un journal hebdomadairement publié, jette dans mes yeux facilement effrayés une  grande ombre inquiétante, en même temps que s’avance celle glacée de la saison triste, que je déteste.

Mardi 19 octobre 2004

        J’avance péniblement dans Le Dernier des Mortimer, la nouvelle commencée récemment (mais il est vrai que j’avance péniblement dans tout le peu que j’entreprends). Tout naturellement, je m’aperçois que mon personnage central est le fruit d’une amour incestueuse : comme si, dernier de sa race, il fallait qu’il ne fût issu que de cette race. Je donne à ses parents les deux beaux noms que portent le frère et la sœur dans la Complainte de la Blanche Biche. Je compte mettre en épigraphe mon approximative traduction des vers de Sophocle :

 

Nous autres les vivants, nous ne sommes rien qu’ombres,

Que fantômes légers, que gravats et décombres.

 

Edgar Poe, lui aussi, cite Sophocle en exergue de je ne sais plus quel conte.

Mercredi 20 octobre 2004

        Deux heures du matin. Le téléphone sonne. Avant même de décrocher, je sais que c’est Armando. Qui d’autre que lui oserait se croire autorisé à m’appeler à pareille heure ? Bien sûr, je ne lui ai jamais explicitement permis cette extravagance. Mais il me connaît assez pour savoir qu’il n’est pas possible que je dorme à deux heures du matin. D’ailleurs, à cause du décalage horaire entre le Mexique et la France, il faisait toujours nuit, ici, quand nous nous rencontrions électroniquement. J’entends, aux tremblements de sa voix, qu’il est inquiet, voire franchement effrayé. Je me demande jusqu’à quel point il me met en danger en me téléphonant depuis un endroit où il ne devrait se trouver sous aucun prétexte. Il croit me rassurer en me disant qu’il effacera mon numéro de téléphone à la fin de la communication. C’est donc pire que ce que je craignais : je comprends, aux explications qu’il me donne, qu’il appelle en douce, avec un téléphone portable qui ne lui appartient pas… Il me dit qu’il pense être libéré dans une dizaine de jours. J’espère qu’il sera vraiment libéré. Je crains un peu de le voir arriver chez moi avec tous ses problèmes dans ses valises. J’essaie de m’interdire de le juger. Après tout, qui suis-je, pour condamner depuis ma tour d’ivoire quelqu’un qui se débat vraiment avec la vie ? Et puis, ce long périple hors du Mexique, et qui l’a conduit à Francfort, Rome et Nice, ne mène-t-il pas « tout droit » jusqu’à moi ? Moi qui ne sortirai pas même de Mont-de-Marsan pour le voir ? Moi qui ne lui parle que français ? Moi qui suis un monstre d’égoïsme ?

Jeudi 21 octobre 2004

        Je peine à avancer dans ma maudite nouvelle. Et je commence à me poser la question : si je ne la termine pas d’ici l’arrivée d’Armando, comment le pourrai-je, avec lui dans les pattes ? On verra bien.

        Je lis l’interview de Dantec que mène par courriel Juan Asensio. La proximité, le temps de ma lecture, de ces deux écrasantes intelligences (intelligences encore vivantes, veux-je dire), qui se rencontrent avec tellement de bonheur (« Vous voulez que je vous dise la vérité », s’exclame d’ailleurs Dantec, après un question du très adéquat interviewer : « je suis pétrifié devant ce que vous me dîtes. Je veux dire que c’est très exactement ce que etc. ») me fait me sentir encore plus petit et désemparé devant la vaine et sourde nouvelle que j’ai à écrire, et que je regrette presque d’avoir commencée. L’idée de départ en est d’ailleurs parfaitement ridicule. J’étais l’autre jour en train de lire La Chute de la Maison Usher, quand l’image de lady Madeline passant dans la chambre de Roderick me rappela  tout à coup ma propre grand-mère, réduite à l’état d’ombre par la maladie d’Elsheimer, et errant comme un fantôme dans sa maison, ou autour d’une table… Puis ce mot de fantôme appliqué à ma grand-mère, me fit souvenir de la cruelle idée que j’avais eue un jour, ou plutôt une nuit (dans le but de me divertir de l’ennui dans lequel m’avait plongé quelque insomnie), de me dissimuler sous un grand drap blanc, et d’entrer subrepticement dans la chambre de la pauvre vieille dame, en faisant des bruits de revenant, pour lui causer une frayeur que j’espérais des plus grandes, grâce à l’égarement déjà si complet que lui causait la maladie. (Je devrais en rougir, mais je n’étais plus un enfant depuis déjà longtemps, quand me vint l’idée de ce déguisement et de cette mise en scène, qui furent une réussite totale, bien que j’en fusse le seul spectateur, avec ma victime, cela va sans dire, mais elle n’en a pas gardé le moindre souvenir. D’ailleurs, qu’elle ne pût pas s’en souvenir me permit de jouer plusieurs nuits de suite ma macabre petite pièce, qui me faisait hélas beaucoup rire, et encore aujourd’hui que j’y repense !) Mais je m’égare. Telle fut donc l’idée de départ du Dernier des Mortimer : un jeune homme livré à l’ennui, imaginant de se déguiser en fantôme (ce qu’il est d’ailleurs déjà, tant sa vie n’est qu’une ombre de vie), est cause que sa grand-mère, à laquelle il a voulu jouer un mauvais tour, meurt de terreur. Le grand-père venge la mort de sa femme de terrible façon. Et je brode autour. A cela s’ajoute l’inceste des parents du jeune homme (orphelin), qui étaient frère et sœur. Et le jeune homme caché au monde par sa famille, d’où que sa vie est une ombre de vie. Et le grand-père qui trouve dans la mort de sa femme une bonne occasion de se débarrasser enfin de son petit-fils. Et l’habitude du terrible paterfamilias (et de mon propre grand-père) de ne pas dormir dans sa chambre, mais sur son lit de camp, au grenier ou dans la cave. Et la complainte de La Blanche Biche récrite par moi. Et le véritable fantôme que devient le jeune homme une fois mort, entièrement fait de larmes. Et ce paysage qui m’est bizarrement cher d’un saule pleureur au bord d’un lac et abritant une tombe ; on le trouve aussi dans mon Adonis avorté, et peut-être même déjà dans mes Contes du royaume d’à côté ; paysage qui donne ici le nom de Mortemare à mes personnages). Bref, je recycle. Mais péniblement, comme je disais. Une question, tout de même : est-il possible de raconter cette invraisemblable quoique véridique anecdote du garçon qui, par désoeuvrement, se déguise en fantôme, sans faire rire ?

Samedi 23 octobre 2004

        Ce midi, visite de quelqu’un dont je tairai le nom, pour ne pas le mettre dans une situation plus délicate encore vis à vis d’amis à lui, qui, s’étant aperçus que je parlais d’eux dans ce journal, et n’ayant pas apprécié la teneur de mes propos, l’envoyaient chez moi, pour me demander de les effacer, sous prétexte qu’ils pourraient leur nuire. Comme j’ai beaucoup de sympathie pour cet émissaire, qui semblait d’ailleurs fort embarrassé de sa mission, je ne fais pas d’histoires : j’accepte de plaire à tout le monde. Pourtant, il me semble que je ne disais que du bien de ces personnes (c’était le 13 février et le 28 mai de cette année). Simplement, je me permettais de les montrer en train de consommer des substances illicites, puisqu’elles l’avaient fait devant moi, alors qu’elles ne me connaissaient même pas, comme si cela était tout à fait entré dans les mœurs de consommer lesdites substances sans se cacher. J’avais naïvement déduit que leur vice affiché n’était pas un secret ! Je me trompais.

        Je dois dire que je serais bien moins étonné, si de telles exigences de discrétion venaient de ce toujours aussi vivant cadavre de Hieronymus, dont je déguise à peine le nom, et à propos duquel il m’arrive de dire des choses beaucoup plus embarrassantes, comme par exemple qu’il aimerait bien qu’on ne sache pas qu’il a donné le sida à ma sœur en parfaite connaissance de cause (depuis le temps qu’il se savait infecté, c’est à savoir depuis l’époque du sang contaminé !). D’ailleurs, je ne vois pas pourquoi il s’inquiète tellement, puisque les gens n’entendent jamais ce qu’ils ne veulent pas qu’on leur dise. Et Hieronymus est beaucoup trop sympathique aux habitants de cette ville, pour qu’on m’entende jamais. Et puis, maintenant que j’y pense, je ne vois pas comment ni lui ni sa clique pourraient découvrir mon journal, ces gens-là ne fréquentant généralement l’Internet que pour y trouver des images pornographiques ou de la musique gratuite. Et même s’ils tombaient sur une de mes pages, je crois qu’ils n’en comprendraient pas le contenu, à cause de la longueur des phrases.

        Je vais donc chez ma mère, pour faire la censure qu’on me demande, et j’en profite pour lire les blogues habituels. Je m’aperçois alors que le Stalker a sorti mon nom de sa colonne de zones virtuelles de résistances, ce qui ne m’étonne qu’à moitié : j’avais été plutôt bien surpris de m’y retrouver, n’ayant jamais été (trop occupé que je suis de ma petite personne) ce qu’on peut appeler exactement un résistant ; la preuve : il suffit qu’on vienne frapper à ma porte et qu’on me demande de ne pas écrire telle ou telle chose dans mon journal pour que j’obéisse !

        Puisque j’ai parlé de ma sœur et de son sida, j’en profite pour ajouter que finalement, la banque accepte de lui prêter l’argent dont elle avait besoin : elle ne sera tout bonnement pas assurée. Je ne sais pas si l’on peut parler d’injustice, Julie ne s’étant pas beaucoup informée, auprès d’une association par exemple, pour savoir s’il n’existait pas d’autres solutions.

Lundi 25 octobre 2004

        Nouveau fait divers, qui nous montre que les enfants sont loin d’être ces innocents qu’on voudrait croire. Encore récemment, dans un grand procès de pédophiles (qui finalement ne l’étaient pas tous), on s’était aperçu que non, la vérité ne sortait pas toujours de la bouche des enfants. Cette fois-ci, comme de tout petits ont agressé dans la cour de leur école maternelle et avec la plus grande violence une de leur camarade, on découvre ce que, de toute façon, l’on savait au moins depuis La Bruyère : les enfants « ne veulent point souffrir de mal, et aiment à en faire : ils sont déjà des hommes. »

Mardi 26 octobre 2004

        Je reçois un courriel un peu plus serein d’Armando, qui me parle des « chemins dromadaires de la France ».

Vendredi 29 octobre 2004

        Hier, Julie donnait un dîner à ses amis, et je me suis donc retrouvé avec ma mère sur le dos, « qui ne voulait pas déranger », disait-elle, sans penser un instant que c’était justement ce qu’elle faisait avec moi. Nous sommes allé dans le restaurant indien qu’elle aime particulièrement. L’acarien Hieronymus est revenu sur le tapis, sans doute parce que nous parlions de responsabilité et de culpabilité, ces sujets à la mode. Elle me dit qu’elle n’en veut pas au garçon, mais plutôt à son entourage, qui par son silence,  l’a mené tout droit dans le déni. Il y a sans doute beaucoup de vrai dans cela. Je ne me rappelle pas avoir entendu la maudite mère de Hieronymus prononcer une seule fois le mot de sida, trop occupée qu’elle était à séduire médecins, notaires ou pharmaciens, à se faire inviter au tournoi de Rolland Garos ou à s’agripper au bras du mâle le plus proche (une fois ce fut moi) quand un torero se faisait un peu bousculer dans l’arène. Pour cette patronne d’un salon de coiffure pas très grand, pour cette petite dame rêvant de notabilité, et dont la plus grande réussite fut sans doute de devenir la veuve d’un médecin très aimé du coin, il n’y avait pas de place pour le sida entre son yorkshire et son veuvage. L’hémophilie, c’était plus propre. Et de fait, jusqu’aujourd’hui, Hieronymus a bien plus souffert de cette maladie que de son sida. Il n’empêche que c’est ce sida, si jamais il se souvient qu’il l’a dans le sang, qu’il risque de donner un peu partout, comme il a fait à ma sœur, et non l’hémophilie !

        Demain, c’est à mon tour d’inviter chez moi Matio et Julie.

Samedi 30 octobre 2004

        En rentrant d’un cours que je donnais cet après-midi, je croise dans la rue un groupe d’enfants affreusement grimés. Le plus surprenant n’était pas tant leur maquillage (je crois qu’on fête en ce moment Halloween) que la façon très polie dont ils s’adressaient à un monsieur d’un certain âge. Je ne pensais pas que cela se rencontrait encore, des enfants bien élevés. Ah ! Il fallait entendre ce « bonne journée à vous, Monsieur », dit d’une voix parfaitement aimable et claire ! On se serait cru dans un film américain pour tous publics.

        Un peu plus tard, je n’ai pas vraiment compris pourquoi s’en est pris à moi ce qu’il me faut bien appeler un Arabe (il n’y a pas d’autre mot), jeune et d’ailleurs fort beau, comme le peuvent être ceux de sa race, mais manifestement débordant d’une haine congénitale. Il était tellement furieux contre moi, qu’il n’arrêtait pas de me crier dessus que j’avais l’air d’une pute ! C’était plutôt lui qui en avait bien l’air, avec son crocodile vert sur la poitrine. Si ça se trouve, ses vêtements coûtaient même plus d’argent que les miens ! S’il n’est pas entretenu, c’est qu’il les a volés, enfin, j’imagine… Je lui ai conseillé, assez sottement, je dois dire, de retourner, rapidement si possible, dans son pays. Que n’avais-je pas dit ! Cela n’a fait que redoubler sa colère. Il m’a demandé si je ne voulais pas, par hasard, qu’il me casse la gueule devant tout le monde. J’ai tenté de le raisonner en lui expliquant que si la police le retrouvait, après un tel forfait, elle n’apprécierait sans doute pas que ce qui ne serait probablement à ses yeux rien de plus qu’un melon s’amuse à violenter la bonne poire que je suis. Bizarrement, cet argument a dû lui sembler pertinent, parce qu’il est parti, après tout de même quelques autres petits mots gentils à moi destinés. Je l’ai échappé belle. J’avais tellement peur que mes deux jambes claquaient l’une contre l’autre, comme des dents. Heureusement que cet Arabe n’est pas passé à l’acte, sinon je n’aurais pas pu donner à mes amis le dîner auquel je les avais invités chez moi ce soir, et qui s’est d’ailleurs fort bien passé.

Dimanche 31 octobre 2004

        Je suis un peu agacé (mais je m’agace d’un rien) par l’article daté du 30 octobre de Nicolas ***, un blogueur que j’aime lire, pour l’esprit sainement rebelle et formellement juvénile de ses propos. Pourtant, lorsqu’il se met à parler du scandaleux (malgré lui, j’imagine) Buttiglione, je trouve les mots dudit blogueur franchement cons. Mais il est vrai qu’il arrive à certains hommes d’être cons du fait même de leur intelligence, sans que cela soit d’ailleurs une excuse. Bien sûr, il m’est difficile de ne pas réagir violemment aux propos de ce Buttiglione, puis à ceux de Nicolas *** sur lui, étant moi-même ce que le premier appellerait sans doute un pécheur, puisque j’ai le goût presque exclusif des garçons, qui sont hélas, pour mon plus grand malheur, du même sexe que moi. Et non seulement pour mon malheur, mais peut-être bien pour l’enfer et la damnation, car je vois mal comment pourrait être sauvé quelqu’un de si établi dans le péché que moi et que mes semblables, étant bien connu que persevare diabolicum. Evidemment, je devrais trouver futiles ces considérations sur le péché, puisque je sais bien, moi, qu’il n’y a pas de Dieu dans le ciel, ni beaucoup d’hommes sur la terre, du moins tels que ce Dieu qui n’existe pas les voudrait. Néanmoins, je ne puis m’empêcher d’être sauvagement assoiffé du sang de qui s’amuse à dire, par exemple, que « l’homosexualité est un péché, mais que cela, etc., etc. ». Et je ne trouve pas, contrairement à Nicolas ***, que la phrase de Buttiglione soit « somme toute anodine » (dit mon blogueur), au milieu de tant d’autres « qui se disputent l’audimat au quotidien dans notre cher pays », comme, entre plusieurs surprenants exemples donnés par le même, ce « quelle bande de connards de catholiques » plutôt amusant. Parfois, je me demande si tous ces blogueurs que j’aime lire ne regardent pas trop la télévision, s’ils n’écoutent pas trop la radio, ne lisent pas trop la presse ou même trop de livres. Parce que s’ils s’arrachaient un peu à  tous ces médias, ils se rendraient bien compte, d’eux-mêmes, que la vie au quotidien n’est pas tout à fait encore comme le pourrait faire croire l’audimat au quotidien. Dans la vraie vie de tous les jours, du moins dans celle de ma province, on n’entend jamais un homme se faire traiter dans la rue de connard de catholique parce qu’il en a trop manifestement l’air. Par contre, les minorités dont les misères ou aspirations seraient trop bien traitées au goût de certains dans les médias, ne sont pas si bien loties que cela dans la réalité. Ainsi, l’on me traite encore assez souvent de pédé, quand je marche dans la rue, sans rien demander à personne, voire de pute, comme faisait l’Arabe d’hier, sans que cela ne gêne beaucoup de monde ; au contraire, je suis bien forcé de constater que bien des personnes sont plutôt amusées de me voir insulter de la sorte. Elles sont au spectacle ! Et ces même gens ne sont pas très choqués non plus, si je jette timidement à la face de mon Arabe, pour me défendre un peu, quelques gros mots évoquant salement sa race…

Je ne trouve pas tellement gênant qu’on estime, dans le parlement européen, qu’un homme public, un homme politique, ne soit pas admis dans certaines fonctions, s’il pense certaines choses devenues aujourd’hui impensables (j’ose ce mot), ou plutôt, s’il dit si effrontément qu’il les pense. Sur ce sujet-là, il vaut encore mieux être hypocrite. C’est la meilleure façon de rester civilisé. Est-ce que je vais crier sous les toits, moi, que les gitans et Arabes du coin sont de sacrés fouteurs de merde, surtout s’ils sont jeunes, mais que ce n’est qu’une opinion personnelle, qui ne doit pas avoir de répercussion sur le badaud que je suis, ni sur ma façon d’aller par les rues de ma ville ? Bien sûr que non ! Je l’écris dans mon journal, bien à l’abri des regards, et c’est tout.

        Cela dit, Nicolas *** fait bien de modérer un peu la portée des propos de Buttiglione : « Le péché, explique-t-il, est une notion qui inclut le choix de son mode de vie, dans l’optique d’un jugement et d’une rédemption, etc., etc. » Mais comment peut-on encore considérer sérieusement aujourd’hui comme un péché le fait d’être homosexuel ? A moins qu’on se trompe sur ce que c’est qu’être cela… Imaginons qu’un homme soit dans une chambre en feu. Tout le pousse à sortir de la pièce. Ce mouvement instinctif, c’est la vie, c’est-à-dire, le plus souvent, la recherche du plaisir ou de l’amour. La plupart des hommes, pour sortir de la chambre et échapper à la mort, ouvriront tout naturellement la porte de la main droite. Mais quelques-uns l’ouvriront de la gauche. Ceux-là sont des pécheurs… Il n’y a pas beaucoup plus de différences, du moins moralement (et même physiquement), entre un gaucher et un droitier, qu’entre un hétérosexuel et un homosexuel. Main gauche et main droite ont un même aspect, quoique inversé, inverti, et fonctionnent de la même façon, du moment qu’elles sont aussi agiles l’une que l’autre. Pareillement, hétérosexuels et homosexuels se connaissent (bibliquement, si j’ose dire) de manières assez semblables, même si certains ne le savent pas. Tout cela n’est qu’une question de peau, d’humeurs et de trous. Si péché il y a, il est généralement le même, qu’on soit homosexuel ou hétérosexuel. Bien sûr, le gaucher pourrait apprendre, par la volonté, à devenir droitier. Seulement, il n’en aurait pas le temps, dans cette chambre en feu. Les flammes le consumeraient. De même, l’homosexuel, qui lui, aurait toute la vie pour apprendre à ne plus l’être, oeuvrerait en réalité à sa mort. Si bien que si vraiment être homosexuel était un péché, pour l’homosexuel, ce péché serait tout bonnement de vivre, d’exister. Revenons à mon gaucher. Pourquoi serait-ce un péché d’être gaucher ? A vrai dire, la seule, l’unique raison serait que Dieu l’ait décidé. Est-ce donc parce qu’Il l’a décidé, que l’homosexualité est un péché ? J’en ai peur… Alors, si vraiment Dieu existait, il faudrait s’en débarrasser au plus vite, puisque ce serait lui ou moi. Par chance pour moi, justement, on s’en débarrasse assez bien dans ce petit coin du monde qu’est la France. Profitons-en, ça pourrait ne pas durer, vu les circonstances…

        Le père de famille qui aime tous ses enfants, sauf un, le gaucher, parce qu’il a décidé de sa grosse voix sans appel qu’il ne voulait que des droitiers chez lui, ne mérite-t-il pas qu’on lui coupe les couilles et qu’on les lui fasse bouffer, en même temps que ravaler sa parole ? Ne mérite-t-il pas qu’on lui ouvre le bide,  et qu’on le regarde se vider d’un coup de ses parties à peine digérées, de ses paroles et boyaux, jusqu’à ce que mort s’ensuive ? Je sais bien que le bon Dieu n’a ni couilles ni ventre, mais c’est pourtant bien le sort qu’Il mériterait, la mort, si vraiment Il existait, et qu’Il avait décidé que certains hommes, parce qu’ils ne connaîtraient qu’une façon de vivre, seraient intrinsèquement des pécheurs, sauf s’ils choisissaient de renoncer à la seule vie qui leur ait vraiment possible pendant le temps de leur existence sur terre. Franchement, Dieu, être tué pour cette idiote affaire de pédés, ce serait tout de même ballot. S’Il tenait à Son éternité, et s’Il avait un peu de bon sens, ne renoncerait-Il pas à condamner l’homosexualité, tout bonnement, pour échapper à cette mort ? En d’autres temps, non, bien sûr. Il pouvait autrefois se permettre pareille tyrannie. Mais aujourd’hui, en ces temps de liberté et de démocratie, les hommes, du moins ceux de chez nous, ne sont disposés à écouter Dieu (si tant est qu’Il puisse encore parler), que s’Il leur dit ce qu’ils veulent bien entendre. S’Il existait, et s’Il voulait remonter dans les sondages, Il se ferait démagogue, en quoi Il serait plus fin politique que ce Buttiglione qui, estimant que ce qu’il pense du péché d’homosexualité ne doit pas avoir de répercussion sur son action politique, aurait mieux fait de ne rien dire du tout sur le sujet, tout simplement, puisque c’était bien l’homme politique qui parlait alors. Franchement, aurait-ce été très sérieux de nommer dans l’important poste qu’il briguait, quelqu’un d’assez naïf pour croire qu’on l’y laisserait s’installer malgré des paroles qui ne pouvaient que paraître scandaleuses à la majorité et qui mettraient ceux qui le proposaient aux parlementaires dans une position bien délicate ? Un tel homme a-t-il vraiment sa place sinon en politique, du moins dans les sphères du pouvoir ?

        Mais Nicolas *** a entièrement raison sur un point : c’est que tout le monde est voué à devenir pédé, à terme. Pas du point de vue sexuel, bien sûr, mais de tous les autres points de vue, ce qu’on appelle le milieu gay n’étant généralement que le laboratoire dans lequel on expérimente la société colorée, festive et atrocement vulgaire qui doit devenir celle de tous. Et de fait, régulièrement, quoique avec un léger décalage dans le temps, on constate que les masses se mettent à s’habiller comme des pédés, à prendre soin de leur peau comme des pédés, à danser comme des pédés, à écouter des musiques de pédés, et même, à force de baiser comme des pédés, à attraper des maladies de pédés. Et ainsi de suite. Tout cela montre à quel point celui qui n’est pas pédé  n’est tout de même généralement rien de plus qu’une lopette, puisque étant prévenu à l’avance de la pauvreté de l’esprit gay et de la laideur de son esthétique, il s’y soumet pourtant et l’adopte sans lui opposer la moindre résistance et souvent même très volontiers.


Septembre - Novembre

 


Journal - Jardin

 

Accueil